«Trouver l’âme sœur fait partie de nos priorités»

Soirée Macaron Vanille en présence de l’humoriste Karine C., devant à gauche, au KymèM à Vevey.  | Macaron Vanille

Saint-Valentin
À l’aune d’une vie toujours plus digitalisée, la rencontre par agence interposée peut paraître désuète. Pourtant, loin des algorithmes, elle continue à séduire. Témoignages.

Une soirée placée sous le signe de l’humour pour, peut-être, trouver l’amour. Ce samedi, une cinquantaine de célibataires se sont retrouvés au café-restaurant KymèM, à deux pas de la gare de Vevey, pour un dîner-spectacle. Les salves humoristiques de Karine C ont déridé le public et diffusé une bonne dose de jovialité parmi les convives avant de passer à table. «Vous verrez, à chaque soirée, un couple se forme», nous glisse Agnès, une régulière de ces rendez-vous «macarons», avant le début du spectacle.
En maîtresse de cérémonie, la fondatrice de l’agence Macaron Vanille veille à ce que tout le monde y trouve son compte. Rien que son plan de table est organisé de façon à ce que chaque participant se sente à l’aise.
Active depuis 15 ans dans le milieu des rencontres, Christiane Link organise une fois par semaine une parenthèse de bonne humeur sur l’arc lémanique à destination des célibataires de la région. «Le plus grand obstacle est la peur du premier pas. Mes événements permettent de faciliter les contacts entre inconnus.»
Tout a commencé lorsque, célibataire elle-même, elle a été vite déçue par les rencontres effectuées sur des sites. «J’ai commencé par proposer des soirées entre célibataires. Le fait de se rencontrer en groupe multiplie les opportunités de trouver son âme sœur.»
Après quelque 700 sorties, les soirées font le plein. «Je n’ai pas d’attente, car j’aime la surprise, poursuit Agnès. Ce sont toujours de bonnes soirées et j’y fais de belles rencontres. J’y ai d’ailleurs noué de grandes amitiés. On se demande presque si on est pas mieux célibataires!»

Un cupidon personnalisé
Si le concept de Macaron Vanille fait un carton, cette formule n’a pas séduit Antoine*. «Ces rencontres étaient aléatoires, tandis qu’une agence me proposait des profils étudiés pour concorder avec le mien.»
De l’argent bien investi. C’est, en résumé, la conclusion à laquelle est arrivé Antoine. Cela fera bientôt 10 ans qu’il partage sa vie avec Géraldine*. Une heureuse rencontre, pas tout à fait invraisemblable, puisque tous deux ont fait appel aux services d’une agence. «Sur le profil qui nous a été soumis, il n’y avait aucune photographie, se souvient cette ancienne juriste. La description du profil d’Antoine ne me faisait pas tant envie, mais j’étais curieuse. Si l’agence avait étudié nos deux profils, une concordance existait forcément.»
En outre, dans notre ère du tout numérique, faire de nouvelles rencontres relève parfois d’un parcours d’obstacles. Surtout lorsque nous avons une vie bien remplie et que nous ne sommes pas branchés réseaux sociaux. Un critère déterminant pour Elisabeth*, sa situation professionnelle étant très prenante. «Il s’agit aussi d’une question de confiance. Je ne me fie absolument pas aux réseaux sociaux. Le fait de savoir qu’une tierce personne a préparé le terrain et sélectionné un profil en connaissance de cause, cela fait une vraie différence.»
Et si le courant ne passe pas au premier rendez-vous, l’aventure continue, car les candidats malheureux ont la garantie d’un suivi. «Le fait de savoir que je peux faire un petit bilan après une rencontre, ça me libère et me rassure», nous explique cette quadragénaire.

Des «matchs» plus humains
Offrant pléthore de profils extrêmement succincts, voire uniquement visuels, les applications de rencontres, à l’instar de Tinder et de ses «matchs», visent à fidéliser un maximum d’adhérents payants. Ce modèle nécessite de facto un nombre important de célibataires qui doivent le rester.
À contrepied, l’agence veveysanne Cmieuxà2 (voir encadré) propose un profil à la fois sur une durée de plusieurs mois. Malgré le coût relativement élevé de la prestation, Anne, 36 ans, a préféré s’offrir ce coup de pouce personnalisé, humain, solidaire et bienveillant pour rencontrer quelqu’un avec qui refaire sa vie. «Avoir nettement moins de choix que sur les réseaux, mais des profils fournis, exhaustifs et sélectionnés, ça a un prix, explique-t-elle. Si on investit dans une agence de rencontres, c’est que trouver l’âme sœur fait partie de nos priorités.» Et cette femme active dans le domaine des soins assume ses choix. «Mes proches le savent, et trouvent la démarche originale et un peu <vintage>.»
Loin de décourager Elisabeth, la question financière se révèle plutôt être un facteur déterminant. «Si un homme paie pour rencontrer quelqu’un, cela envoie un signal de sérieux.» «Quand on a eu des déceptions, l’argent n’est plus un obstacle», abonde Marc*. Veuf depuis une vingtaine d’années, il se décide à franchir le pas et à contacter un intermédiaire. «J’ai eu de la chance, ça a marché du premier coup!» En couple depuis 2 ans et demi, Marc s’est découvert une passion commune avec Solange*: la randonnée. «Si on nous demande l’origine de notre rencontre, on élude la question. Ce n’est pas un secret d’État, mais cela nous appartient», estime le septuagénaire.

«Service après-vente»
Déjà mariée par le passé, Elisabeth ne souhaite pas perdre son temps sur la Toile. «En plus, si le rendez-vous ne se passe pas comme prévu ou que l’on est déçu, nous sommes accompagnés. Ce <service après-vente> fait vraiment toute la différence.»
Solange aussi a eu son lot d’expériences par le biais de sites Internet, avec quelques succès et beaucoup de déceptions. «J’ai remarqué que j’avais besoin de discuter avec une tierce personne au préalable pour éviter les mauvaises surprises.»
«Une agence, au contraire des applications ou des sites, fait preuve de professionnalisme et d’intelligence émotionnelle, ajoute son compagnon Marc. Nous sommes suivis et accompagnés sur le chemin de l’amour.»

* prénoms connus de la rédaction

« J’ai une clientèle âgée de 19 à 94 ans »

«À force d’avoir des demandes, j’ai élargi les critères d’âge.» La preuve que la pratique n’est pas désuète: l’agence veveysanne «Cmieuxà2» enregistre une affluence de jeunes dès la vingtaine. Depuis environ une année, sa fondatrice accompagne en effet de plus en plus de célibataires entre 20 et 35 ans dans leur quête amoureuse. «Il n’y a pas d’âge pour recourir à mes services, défend Manuela Geraldo. J’ai une clientèle variée, âgée de 19 ans à 94 ans.»

En 12 ans d’expérience, elle poursuit sa ligne directrice, soit un accompagnement personnalisé et la soumission de différents profils sans photographie. «Je trie les différents adhérents et je cherche ensuite les correspondances», détaille cette facilitatrice de séduction. Ayant elle-même expérimenté les sites de rencontres, elle a souhaité bannir la prévalence de l’image. «Une relation n’est pas basée sur le physique d’une personne. J’ai donc fait le pari de m’en passer, car sans photo, pas d’idéalisation. Cela permet aussi d’éviter certains biais qui peuvent conduire à écarter trop rapidement une personne.»

Loin des calculs algorithmiques, cette initiatrice de rencontres prend le temps de rencontrer et d’accompagner individuellement les célibataires de la région. «Je donne aussi des conseils, afin d’élargir leur horizon.» Entourée de sept autres conseillers en amour, cette fine psychologue assure aussi le suivi des rencontres. «J’endosse le rôle de médiatrice lorsqu’une personne ne souhaite pas poursuivre après un premier rendez-vous. C’est fondamental d’assurer un suivi.»

Selon la durée du contrat, les prestations de Cmieuxà2 oscillent entre 1’199 et 1’599 francs. Et cette conseillère en image de préciser que son enseigne n’est pas une agence matrimoniale. «Mon travail consiste à favoriser le partage, et à sortir les individus de leur solitude. Je ne marie personne.»



Depuis 12 ans, l’agence «Cmieuxà2» de Manuela Geraldo favorise la rencontre entre célibataires.  | mieuxà2

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