
Matthias Urban signe une nouvelle création jeune public avec «Le renard qui disait non à la lune». | Compagnie générale de théâtre (CGT)
Dans son enfance, Matthias Urban découvre l’animal anticonformiste de Jacques Chessex dans la bibliothèque familiale. À l’époque, ce sont surtout les illustrations du conte, signées Danièle Bour, qui fascinent le futur metteur en scène.
Publié en 1977 chez Grasset Jeunesse, le texte raconte la vie de Rourou, un renard semblable aux autres et pourtant très différent. Alors que ses congénères préparent un audacieux voyage vers la Lune, lui choisit de dire non à l’exploration et à la connaissance, afin de mieux laisser place au rêve.
Un renard «décroissant»
Trois musiciens et trois comédiens donnent ainsi vie à ce récit dans un dispositif épuré, qui laisse toute sa place à l’imagination des spectateurs. Musique, danse, chansons et texte récité forment une succession de tableaux qui rythment la pièce. «C’est une sorte de comédie musicale de poche», résume le metteur en scène.
«Même si ce n’était probablement pas l’intention initiale, cette histoire résonne avec les enjeux contemporains de la conquête de l’espace, du climat et de l’écologie. On pourrait presque voir Rourou comme un renard qui incarne la décroissance, explique le metteur en scène culliéran. De plus, le texte possède déjà une dimension théâtrale qui m’a donné envie de l’adapter pour le jeune public.»
Chessex sur les planches
Spécialement écrites pour le spectacle, les chansons permettent d’approfondir la personnalité des renards, peu développée dans le texte original en raison de sa brièveté. Elles ajoutent des nuances à des personnages qui dépassent ainsi le simple statut de figures. «Que ce soit à travers les chansons ou le jeu, nous avons voulu apporter un regard légèrement humoristique sur ces renards, sans jamais nous moquer. Afin de ne pas trahir le texte, mais de le secouer un peu.»
Une autre différence avec l’original est que Rourou y est présenté comme un libre-penseur, débarrassé du côté jugeant que Chessex lui avait instillé. «Dans le texte, Rourou peut se montrer moqueur envers l’entreprise des renards qui partent sur la Lune et qui échouent en partie. Pour ma part, j’ai choisi de supprimer cette dimension, car il ne s’agit pas de juger une idée ou un projet. Je préfère présenter Rourou comme un renard capable de se forger sa propre opinion et de ne pas suivre la majorité», détaille Matthias Urban.
La musique accompagne l’histoire en alternant des atmosphères de contemplation, inspirées de l’univers nocturne de la forêt, et des passages plus affirmatifs liés à la technologie et à la construction de la fusée. «La forme peut rappeler <Pierre et le Loup>, avec des ambiances associées à des instruments», souligne Matthias Urban.
Éveiller les consciences
Dans cette adaptation, les éléments visuels sont réduits au minimum. L’histoire se construit davantage par le corps et la musique que par des décors. Pour seuls costumes, quelques oreilles ou petits éléments de fourrure suffisent à représenter les renards. Derrière un rideau de tulle, deux éléments figurent tour à tour, avec sobriété, la Lune et la Terre.
À l’issue de chaque représentation, un temps d’échange est proposé aux enfants et leurs parents, afin d’aborder notre rapport au «solutionnisme technologique» et ses effets sur le climat et la planète. «À l’heure où la course à l’espace est relancée, avec plusieurs missions lunaires prévues cette année, on peut se poser la question et en débattre: est-il aujourd’hui utile de retourner sur la Lune? Je n’ai pas de réponse, mais je trouve intéressant d’ouvrir ce débat avec les jeunes publics et d’en discuter sereinement.»
«Le renard qui disait non à la lune», L’Oriental Vevey, ve 30 janv. (19h), sa 31 et di 1er fév. (17h). Dès 7 ans.
www.orientalvevey.ch/index.php?s=renard_disait_non_lune&id=271

"Cette histoire résonne avec les enjeux contemporains de la conquête de l’espace et de l’écologie”
