Un cow-boy qui a toujours glissé plus vite que son ombre

Pierre-Alain Werro et son chien Vardo en pleine séance de «bichonnage» en bas des pistes aux Diablerets. | L. Grabet

Diablerets
Skis, monoski ou snowboard aux pieds, Pierre-Alain Werro, directeur de l’ESS locale, n’a jamais eu froid aux yeux. Portrait d’un Fribourgeois devenu 100% Ormonan.

Pierre-Alain Werro a une gueule! On l’imaginerait bien en second couteau dans un western spaghetti. Sauf que si le Vaudois de 68 ans au visage buriné par le temps et les aventures a «flingué» au cours de sa vie, c’est plutôt sur les pistes de ski. Ou plutôt hors-piste. Le directeur de l’École suisse de ski (ESS) des Diablerets a été mis sur les lattes vers 3 ans par son papa Maurice. «C’était sur le premier téléski de la Berra, dont les poteaux étaient encore en bois. Mon père était Singinois. Il était guide de montagne et prof de ski et travaillait alors au centre Léo Lagranges. Mais en 1959, on est venus s’établir aux Diablerets où un autre centre ouvrait…» La famille Werro habite un chalet au pied des pistes d’Isenau.

Le sexagénaire est l’un des nombreux partisans de la réouverture de ce secteur fermé en 2017. «À 4 ans à peine, j’y montais seul dans les télécabines et je redescendais ensuite jusqu’à la maison», se souvient-il avec nostalgie. Maurice Werro est un aventurier et son fils tient de lui. Il enchaîne les expéditions sur les plus hauts sommets du monde et traverse la station au volant de sa Porsche Super 90 décapotable. «C’est mon père qui avait instauré des cours de ski hebdomadaires presque gratuits pour les écoliers du village. Grâce à lui, à 16 ans, avec un copain, j’ai pu escalader le Kilimandjaro!» 

Le fiston s’essaie à la compétition aux côtés de sa copine Lise-Marie Morerod. «Mais partir 163e d’un slalom aux Crosets, dont le trajet comportait des crevasses plus grandes que moi, n’était définitivement pas mon truc!» Son truc à lui, c’est plutôt ce qu’on appelle aujourd’hui le freeride. Avec ses amis, ils se tirent la bourre dans la poudreuse, se jouent des fonds de rivières enneigées et utilisent les souches comme des tremplins «pour des périlleux avant, arrière ou des hélicos».

« Une autre époque »

Ado, le casse-cou se lance dans un apprentissage de cuisinier qui le mènera au Grand Hôtel local, puis à Lausanne jusque sur l’iconique bateau Belle Époque La Suisse ou encore au col de Bretaye où il nourrissait les employés des remontées mécaniques avant de passer l’après-midi à freestyler avec les frères Stump. Pierre-Alain Werro n’est pas du genre à avoir un plan de carrière. Lui préfère suivre sa boussole intérieure qui le porte le plus souvent vers le plaisir. En 1977, son père l’inscrit à son insu au brevet de prof de ski qu’il obtient deux ans plus tard. Arrive ensuite le monoski. «Je m’y suis mis tout de suite jusqu’à donner des cours. Là-dessus, j’ai cofondé le Glisse club (ndlr: devenu Diab’Link) qui organisait le grand prix de Pierres-Pointes sur l’actuel Black Wall, relève «PA» Werro. Il y avait une douzaine de passages obligés, un chronomètre et c’était le premier en bas! Un championnat informel existait alors avec le derby de Jaman, la station valdôtaine de Pila et la valaisanne d’Aminona.»

Dès 1985, l’Ormonan se met au snowboard. «J’aimais donner des cours. On avait des groupes entiers de Danois ou de Hollandais à la semaine. On nouait des liens sympas. Chaque soir, on se retrouvait pour partager des apéros. C’était une autre époque…» En parallèle, il entraîne le Glisse Club avec succès puisqu’il sortira deux championnes suisses de snowboard dans les années 90. Pierre-Alain Werro est boulimique de glisse. Il s’essaie encore au skwal ou au télémark. Et hors-saison, il enchaîne les boulots comme manœuvre dans la charpente, dans le débardage, le bûcheronnage ou le sciage ou encore comme technicien sur les gros concerts. «En forêt, j’ai failli y rester au moins deux fois. Débarder est infiniment plus risqué que de faire du hors-piste», explique celui qui, dans sa folle jeunesse, déclenchait parfois des coulées pour le seul plaisir de les monoskier. «J’étais un peu tête brûlée, mais je me suis calmé avec les années», confesse-t-il en caressant son chien Vardo.

Tailler la route jusqu’en Scandinavie

Pierre-Alain Werro a repris la direction de l’ESS locale voici 23 ans. «Je pensais ouvrir ma propre école de snowboard, car la discipline n’était pas assez inclue à mon goût à l’ESS. Le logo était déjà prêt quand mes collègues ont réalisé qu’il valait mieux travailler ensemble…»

Le responsable a aujourd’hui 80 moniteurs dans ses troupes au sein de sa «PME». L’hiver passé, ils ont donné presque 22’000 heures de cours essentiellement à des enfants ou des écoliers. «Les saisons commencent plus tôt qu’avant, mais se raccourcissent aussi», conclut celui qui a eu un certain Phil Collins comme élève et qui, hors-saison, aime rouler jusqu’en Scandinavie avec sa compagne et collaboratrice Sandra.