
Tristan Martinet (à gauche), pilote et référent formé pour le tetraski, et Steve Birbaum, président de l’association Différences Solidaires. | P. Combremont
«Voir quelqu’un en situation de handicap lourd, qui ne peut bouger de manière indépendante, rire, pleurer de joie ou afficher une monstre banane sur le visage, c’est merveilleux!» Steve Birbaum ne cache pas son bonheur lorsqu’il présente son activité de moniteur de ski. «On reçoit beaucoup plus qu’on ne donne», abonde son collègue Tristan Martinet, référent pour leur nouveau modèle de tetraski.
Avec leurs vestes bleu et jaune reconnaissables, les bénévoles de Différences Solidaires (DS) ne ménagent pas leur temps pour donner la possibilité aux handicapés de vivre des expériences de sport adaptés ou de randonnée. Fondée en 2009, cette association, déjà reconnue d’utilité publique par le Canton de Fribourg, est active dans toute la Suisse romande. Elle organise ainsi plus de 200 jours d’activités de plein air chaque année. Et aujourd’hui, c’est à Villars-sur-Ollon qu’elle donne une démonstration avec cet engin surprenant.
Différences Solidaires compte une trentaine de pilotes et d’accompagnateurs, spécialement formés aux différents systèmes qui existent pour le ski, comme le dual, le tandem, le Cimgo ou la Joëlette, une forme de chaise à porteur. Tous ces sièges sont cependant directement dirigés par le moniteur. Le tetraski, lui, apporte le double avantage d’être motorisé et doté de commandes. «Cela permet à l’utilisateur d’être à la fois autonome et de découvrir en même temps ses propres sensations d’indépendance», se réjouit Steve Birbaum.
Entre les bosses
Le tetraski est un siège de snowkart, développé par la marque française Tessier, qui a été repris et adapté. Il est équipé d’un petit moteur électrique, avec une batterie pouvant facilement tenir une journée de ski, et d’une manette de direction, comme sur les chaises pour personnes à mobilité réduite. Au besoin, il peut aussi être dirigé par un autre tube de commande, qui fonctionne au souffle de la bouche.
Ce siège est directement monté sur des vérins multiorientables. Une fois fixé sur des skis courts, le joystick permet alors de les diriger à droite ou à gauche, mais aussi latéralement sur la tranche, en position parallèle ou en chasse-neige pour freiner. Pour une personne aux jambes immobilisées, le système de direction est tout de même complexe et nécessite la maîtrise d’une certaine sensibilité.
Le tetraski est donc sécurisé par le pilote qui suit à l’arrière. Une double télécommande lui permet de reprendre le contrôle en cas de besoin. L’appareil est toujours raccordé au moniteur par une corde. Une fois passée l’appréhension du trafic des autres skieurs et de la pente, l’expérience devient vite grisante. «Nous nous adaptons aux handicaps, à la situation et aux envies de chacun. Certains n’apprécient pas la pente ou les bosses, tandis que d’autres adorent la vitesse», remarque Tristan Martinet.
Bon accueil
Le tetraski peut être déplacé dans une autre station. Mais si l’association l’a installé à Villars, c’est aussi en raison de la présence d’autres types de handi-ski qui s’y trouvent déjà, notamment celle de l’association Handiconcept, avec laquelle Différences Solidaires est en relation. «Sur la piste, la réaction des skieurs est d’ailleurs à la curiosité et à la bienveillance, poursuit Tristan Martinet. Ces dernières suscitent même des interactions avec la personne en tetraski.»
L’association entend ainsi profiter de cet accueil pour faire connaître sa démarche et son engin, qui a un coût avoisinant les 35’000 francs. D’autant plus que l’organisation de telles journées engendre aussi d’autres frais, comme le transport. Différences Solidaires compte ainsi sur des sponsors et donateurs et essaie toujours de trouver des tarifs adaptés aux familles. «Mais notre récompense, c’est d’être payés au sourire», relève Steve Birbaum avant de repartir pour une descente sur la piste de Chaux Ronde.
Plus d’infos: differences-solidaires.ch
