Un grand oui pour la place du Marché

Le Conseil communal a validé jeudi le nouveau projet de place du Marché d’Aigle, mais un deuxième référendum n’est pas exclu.  | DR

Aigle
Non sans un rebondissement, le Conseil communal a approuvé les 5,9 millions pour le réaménagement revu à la baisse après le refus en votation l’an dernier. Mais il reste encore des obstacles potentiels.

C’est peut-être l’étape la plus simple pour la Municipalité, mais c’est une étape importante quand même. Dans le processus de relance de la rénovation de la place du Marché, à la suite du refus à 55% du premier projet par la population en avril 2024, l’Exécutif avait besoin d’une validation du Conseil communal jeudi dernier et il l’a obtenue: 43 oui, 3 non, et des applaudissements d’encouragements de l’essentiel du plénum.

Il était question d’approuver le nouveau plan avec les concessions consenties, de valider les 5,9 millions de francs nécessaires (dont 1,9 million de la Confédération si les travaux débutent avant la fin de l’année) et de lever les 16 oppositions déposées entre le 8 février et le 9 mars derniers lors de la mise à l’enquête du projet, dont six émanant de conseillers communaux.

Récusations demandées

C’est ce dernier point qui, jeudi soir, a animé le débat d’entrée de jeu. Ces six-là, qui ont formulé opposition et qui comptent parmi les vainqueurs du référendum de l’an dernier, ne devraient-ils pas se récuser pour éviter tout risque de conflit d’intérêt, de mélange des genres entre leur intérêt particulier et leur fonction d’élu? C’est la question posée, en substance, par le président du jour (le PLR Jacques Vacheron en remplacement du convalescent Jean-François Croset, de l’Entente Aiglonne). Pour ce faire, il s’est appuyé sur une jurisprudence vaudoise.

Les analyses de textes et interprétations juridiques se sont succédé (dont celle, très circonstanciée, du PLR Philippe Pasche, arrivant à la conclusion que la balance penchait davantage en faveur d’une révocation spontanée), mais sans que l’assistance parvienne à une conclusion incontestable.

À ceux appelant les personnes concernées à s’éclipser jusqu’à la fin des débats, celles-ci ont dit tenir du préfet qu’elles étaient en droit de prendre part au vote. N’y a-t-il pas un risque que les «récusés» puissent faire opposition sur une décision prise sans eux, a demandé un élu? Pas plus, a contrario, que celui de voir un conseiller communal contester un vote en leur présence, a rétorqué Jacques Vacheron.

Las, il est revenu aux élus d’en décider. Le résultat a dit toute l’indécision ambiante: 18 oui, 16 non, 17 abstentions. Et les cinq personnes concernées de quitter la salle (le sixième opposant était absent).

La suite des débats a porté rapidement au vote final sans appel. Celui-ci a été renforcé par la prise de parole de Catherine Krumel, de l’Entente Aiglonne. «Le projet ne me plaît toujours pas, mais à un moment donné, il faut avancer.»

Recours ou référendum?

Son collègue de parti Philippe Bellwald a timidement joué la carte d’un référendum spontané décidé par les élus, afin d’amener la population aiglonne à se prononcer à nouveau. Il fallait pour cela neuf conseillers communaux favorables, il n’y en a eu que trois.

Quelle suite maintenant dans cette saga? Les travaux démarreront-ils avant la fin de l’année et les Aiglons pourront-ils se réjouir de leur nouvelle place? C’est en tout cas le scénario rêvé par la Municipalité.

Trois démarches pourraient toutefois le contrecarrer: un recours des conseillers communaux privés de vote sur la décision du corps délibérant, le lancement d’un nouveau référendum (la demande devant être déposée d’ici au milieu de la semaine prochaine) ou un recours au Tribunal cantonal de l’un ou l’autre opposant sur la levée de son opposition.

À ce stade, ni l’UDC Patrice Badan, ni Marcel Jacques Bacca, président de l’Entente Aiglonne, tous deux comptant parmi les 16 opposants et fers de lance des contestataires, ne s’avançaient sur un pronostic à l’heure où nous mettions sous presse. «Nous devons nous réunir pour en discuter tranquillement et nous décider», glissait simplement le premier au sortir du Conseil. Le suspense durera donc encore quelques jours.