
Passionné de bois, Jean-Philippe Berra œuvre tous les jours bénévolement sur la réplique du funiculaire. «Je travaille même la nuit», confie-t-il. | R. Brousoz
Un établi couvert d’outils, des planches empilées contre le mur, des chutes de bois au sol. Un bruit de visseuse, et en arrière-fond, la radio romande… Ces jours-ci, le préau de l’ancien collège des Avants ressemble à une menuiserie à ciel ouvert. «Pas trop chaud et à l’abri, c’est l’emplacement idéal!», sourit Jean-Philippe Berra, le maître des lieux.
Il y a un peu plus d’un mois, l’Avenoud d’adoption s’est lancé dans un joli projet: construire la réplique de l’emblématique funiculaire rouge, connu pour animer le village en toute saison depuis 1910. Une version miniature qui servira lors de différentes festivités locales, comme des cortèges ou des marchés. «Elle remplacera celle que nous utilisions depuis une quinzaine d’années et qui arrivait en fin de vie», explique Omar Soydan, président de la Société des intérêts des Avants (SIA).
Un défi qui collait tout pile au savoir-faire et à la passion de Jean-Philippe Berra, lui qui a passé une grande partie de sa vie comme charpentier-menuisier-ébéniste à la tête de son entreprise morginoise, avant de se reconvertir comme dessinateur en bâtiment. Abonné aux projets insolites, ce Val-d’Illien d’origine a par exemple conçu des skis pouvant accueillir cinq personnes. «C’était pour le Carnaval des enfants à Morgins en 1996, se remémore-t-il. Ils mesuraient 6 mètres 44 et avaient même été inscrits au Guinness Book!»
Petite, mais solide
Son mini-funi, lui, s’en tiendra à 3 mètres de long pour 1 mètre de large et 1 mètre de hauteur. Et un poids d’environ 150 kg. «Je me suis procuré les plans d’origine auprès du MOB et j’ai refait des mesures à l’échelle 1:20», détaille celui qui est aussi vice-président de la SIA. Côté matériaux, ils ont été choisis pour durer et résister aux intempéries. Si le châssis est en sapin, les parois latérales sont en panneaux contreplaqués marine – utilisé pour les bateaux – et le toit, du «PREFA» anthracite. «Une sorte de tôle en alu», décode-t-il.
Prévoyant, ce bricoleur installé depuis onze ans aux Avants – le «Paradis» selon lui – a équipé sa maquette de vraies roues. Objectif? Pouvoir la transbahuter facilement de la remorque «spéciale cortège» vers son socle de rangement, et inversement. «Les deux structures sont dotées de rails. En les plaçant conjointement, il suffira de faire rouler la réplique de l’une vers l’autre», explique-t-il en montrant le treuil destiné à cette opération.
Même les Dents-du-Midi!
Il y a le funiculaire, mais il y a aussi le décor qui l’entoure. Et là, le miniaturiste ne lésine pas sur les détails. Mini-vaches, mini-sapins et, bien évidemment, narcisses sculptés viendront accompagner la réplique sur sa remorque.
«Je vais également recréer la Dent de Jaman, ainsi que les Dents-du-Midi», poursuit-il le plus naturellement du monde. Euh… un symbole du Chablais valaisan sur un char en hommage aux Avants? «Ah, ça reste ma montagne», lance-t-il avec sa pointe d’accent chorgue. À tel point que les dents figurent en fond d’écran de son natel. «D’ailleurs, ici, je les vois depuis mon balcon. Et mieux que lorsque j’habitais à Morgins!» Une licence artistique qu’il dit avoir expliquée au comité. «Pour eux, il n’y a pas de souci.»
Pas que pour les fêtes
À voir si la Société des intérêts des Avants ne croulera pas sous les courriers d’indignation après le 31 août prochain. Car c’est ce dimanche-là, lors du grand cortège de la Fête au Village (voir encadré), que la réplique du train ascensionnel sera dévoilée au public. «À cette occasion, cinq ou six enfants prendront place à bord. J’ai déjà des volontaires!», se réjouit le septuagénaire qui sera au volant du véhicule tractant le char.
Une fois la fête terminée, le mini-funiculaire sera rangé en attendant de futures sorties. «Mais on aimerait bien le mettre en valeur durant toute l’année», confie son concepteur, qui envisage déjà de l’équiper en vitrages et de l’illuminer pour la nuit. «Le défi est de trouver le bon emplacement.»
Tandis que nous quittons l’atelier improvisé de Jean-Philippe Berra, le funiculaire – le vrai – nous frôle pour grimper en direction de Sonloup. C’est vrai que de là-haut, les Dents-du-Midi sont particulièrement belles. Et la Dent de Jaman n’est pas mal non plus.

Après Chailly en 2024, c’est au tour des Avants d’accueillir la fête qu’organisent tour à tour les différents villages montreusiens chaque été. Une première pour la station qui fut l’une des destinations pionnières du ski en Suisse. S’étendant du vendredi 29 au dimanche 31 août prochains, la manifestation est baptisée «Ah! La Belle Époque!». Un marché artisanal et une course populaire sont prévus le samedi. Dimanche, grand cortège à 11h15 et repas Bénichon (sur réservation). Une exposition et différentes conférences auront lieu durant le week-end. Le dessinateur originaire de Montreux Rafael Morales, illustrateur d’«Alix» et créateur de l’affiche de la fête, sera également présent pour des dédicaces.
Plus d’infos:
www.lesavants2025.ch
