Un méritoire match nul qui ne change pas grand-chose

Vevey-Sports a décroché son premier point ce samedi contre la seconde garde de Zurich.  | A. Capel

Football
Malgré le 1-1 contre les M21 de Zurich, Vevey-Sports reste bon dernier de la Promotion League et la direction du club reste plus que jamais contestée. Les ultras ont manifesté leur ras-le-bol ce samedi en Copet. 

Les finances et l’avenir du Vevey-Sports suscitent les plus vives inquiétudes. Le comité actuel n’est composé que du président Fatlind Rama et du vice-président Egzon Uka. Dans les couloirs, on leur reproche d’avoir fait main basse sur le club, de décider de tout entre eux, sans en référer à personne d’autre au sein du club. 

Depuis le début de la saison, le nombre de départs, joueurs, dirigeants, membres du staff, a pris des allures d’hémorragie. Samedi dernier, c’est Salim Karib, directeur sportif depuis cinq ans, qui a annoncé le sien, n’étant «plus en phase avec la gestion actuelle de la présidence».  

Le 25 octobre, l’équipe avait subi contre les M21 de Lucerne une humiliante déculottée 8-1, pire moment d’un début de saison déjà calamiteux, 0 point en 13 matches, du jamais vu depuis le lancement de la Promotion League en 2012. 

Pourtant samedi en Copet, contrairement à ce qu’on pouvait craindre, les Veveysans ont relevé la tête, nullement démobilisés, et ont obtenu un méritoire match nul 1-1 contre les M21 de Zurich, après avoir frôlé la victoire en fin de match. Une prestation courageuse saluée par Jérôme Christen, président de La Confrérie du Vevey-Sports. «Même si on les sent atteints par ce qui se passe dans le club, les joueurs sont admirables, ils n’ont jamais baissé les bras!»  

Plus une note!

Tout un symbole, l’ouverture du score a été signée par Filip Zuvic (22 ans), seul joueur de la région, d’autant plus heureux qu’il s’agissait de son premier but en 69 matches sous le maillot veveysan. «Je suis très content, jubilait-il au coup de sifflet final. Après le non-match de Lucerne, nous avons su nous serrer les coudes, en faisant abstraction de l’incertitude qui règne autour de nous.» 

Dirigeant l’équipe pour la quatrième fois, le nouvel entraîneur Ali Kokollari, qui a succédé au démissionnaire Metin Karagülle, restait optimiste malgré les onze points de retard avec la barre de relégation. «Je suis sûr à 100% qu’on va s’en sortir.» 

Alors que le groupe des ultras de Vevey a toujours soutenu avec ferveur son équipe, même à l’extérieur, ils ont décidé depuis le début de la saison de marquer leur opposition aux nouveaux dirigeants. Comment? En ne chantant plus, «une révolte silencieuse et pacifique», glissait l’un d’eux samedi. Il n’y a donc eu aucun cri de joie lors du but de leur équipe. Avant le match, ils ont déployé devant la tribune une banderole réclamant une assemblée générale. Puis ils ont distribué des flyers, exprimant leur inquiétude et leur ras-le-bol. «Notre club est en perdition à tous les niveaux avec une gestion frôlant l’amateurisme. Le mur se rapproche… Vevey n’est pas un jouet!»  

«On vit dans l’incertitude»

Cette crise, ce membre du staff de la Une, qui préfère garder l’anonymat, la vit de l’intérieur. «Sentant le vent tourner, une quinzaine de joueurs sont partis depuis le début de la saison, par peur de la faillite. De ceux qui sont restés, certains, faute d’être payés normalement, puisent dans leurs réserves, d’autres ont trouvé des petits boulots pour s’en sortir. Un jour, les dirigeants nous assurent avoir trouvé une solution et le jour d’après plus rien. On vit dans l’incertitude.»  

Fin août, quatre membres historiques du comité avaient également démissionné pour protester contre une assemblée générale extraordinaire convoquée à la hâte en moins de 48 heures, alors que les statuts prévoient un délai de 10 à 15 jours. Le dérapage de trop, alors qu’ils se sentaient de plus en plus mis à l’écart. C’est lors de cette assemblée qu’Ezgon Uka, un proche de Rama censé être le nouveau bailleur de fonds, avait été élu vice-président.  

Au service du club bénévolement depuis 27 ans, Aldo Carro, l’un des démissionnaires, ne cache pas son écoeurement. «À son arrivée M. Rama avait promis de sauver le club, d’éponger la totalité des dettes, soit quelque 230’000 francs, or ses promesses n’ont pas été tenues et de loin!» Et de fustiger: «Lui et son vice-président agissent comme si l’Association du Vevey-Sports leur appartenait. Je ne me reconnais plus dans ce Vevey-Sports où tout part en cacahuète.» Même sentiment chez Jérôme Christen. «On a pensé plusieurs fois avoir touché le fond, mais ce n’est pas encore fini. Plus rien ne fonctionne, il n’y a aucune communication de la part des dirigeants et c’est désespérant.»  

«Sans nous, le club aurait été rétrogradé en 2e ligue» 

Samedi, à la mi-temps, Fatlind Rama réfutait toutes ces critiques et se montrait optimiste sur l’avenir du club. «Il n’y a aucun risque de faillite, nous n’avons pas de poursuite et les dettes ne sont plus si élevées. Sans nous, le club aurait été rétrogradé en 2e ligue cette saison. Notre objectif est de le stabiliser, que ce soit en Promotion League ou en 1re ligue si nous sommes relégués. Le problème, c’est qu’avec la mauvaise image que les médias donnent de nous, les démarches auprès des sponsors locaux se révèlent quasi impossibles.»  

La défaite par forfait 3-0 contre Brühl mi-octobre pour avoir aligné trop d’étrangers non formés en Suisse n’est en tout cas pas due à des causes externes. La conséquence? Un retrait de trois points, en raison de l’envoi hors délai d’un document attestant du paiement des salaires. 

S’il y a récidive, Vevey ne risque-t-il pas de perdre sa place en Promotion League sur le tapis vert? «Non, assure Alexandre Zen-Ruffinen, avocat spécialisé dans le milieu du football suisse. En cas de salaires ou de charges non payés à temps, la base légale de la 1re ligue ne prévoit que deux sanctions possibles: le retrait d’au moins trois points et/ou une amende.» Il n’empêche, l’avenir du Vevey-Sports s’écrit avec un grand point d’interrogation.

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