Un passé revisité «à tire-d’aile»

Société graphique Neuchâtel, «Vevey et pointe de la Tour de Peilz», carte circulée (3 juin 1952).  | Musée historique de Vevey

Exposition
Une plongée dans les collections, à la recherche de l’oiseau rare. Jusqu’au 11 janvier, le Musée historique de Vevey met en valeur ses fonds, sous le prisme des volatiles. Plutôt original.

Le saviez-vous? La ville dénombre seulement deux rues baptisées aux noms d’oiseaux. Car oui, la toponymie peut se doter d’atour poétique, à l’instar du chemin de la Fauvette et celui des Pinsons. Cet été, une déambulation parmi des pans méconnus de Vevey et de son tissu socio-culturel est à découvrir au deuxième étage de la Belle-Maison.
Affiches publicitaires, assiettes en faïence, presse à nougat, coquetiers et tableau brodé: une septantaine d’objets, piochés dans les inventaires du musée, racontent tous une histoire. À la manière d’un jeu de piste, le passé de la ville et de sa population se dévoile grâce à ses volatiles, le fil rouge de l’exposition. De quoi s’octroyer une petite respiration dans une actualité parfois étouffante.
«C’est une exposition légère, mais qui garde un propos sérieux, souligne la directrice Fanny Abbott. Prenons l’exemple de la plume d’oie, alors utilisée pour écrire. À l’heure de la digitalisation, il est bon de se souvenir de l’origine de nos us et coutumes. Car si l’on sait d’où l’on vient, l’on a une chance de mieux comprendre vers quoi on va.»

À la découverte de microhistoires
Accueilli par des gazouillis d’alouette, de chouette hulotte, de foulque macroule ou de rougegorge, le public est immergé en compagnie d’une ribambelle de piafs.
Loin de se limiter à l’ornementation d’objets de toutes natures et époques, les oiseaux sont aussi des témoins du passé régional. «Représentatives de la diversité des collections, ces différentes pièces ont chacune une valeur patrimoniale», poursuit Fanny Abbott. À travers des lieux et des événements, ils racontent les habitudes locales: le café du Cygne, le Château de l’Aile ou encore la Fête des Oiseaux, dont l’origine remonte à 1838 et qui marque toujours la fin de l’année scolaire pour les élèves de 2e primaire.
Cette immersion, c’est aussi l’occasion de lever le voile sur l’origine de certaines dénominations historiques. Prenons le cas du Château de l’Aile: en 1540, les autorités veveysannes achètent un bâtiment situé à l’angle sud-ouest de la place du Marché, appelé «maison de l’asle», qui est alors affermé comme auberge. Il semble qu’une une enseigne en forme d’aile arrachée était apposée sur sa façade, ce qui expliquerait le nom donné à cette maison. Une appellation qui a traversé les siècles jusqu’à aujourd’hui, alors que le bâtiment a été détruit et reconstruit à plusieurs reprises.

Dialogue à travers les âges
Nichés au cœur des réserves du musée, ces rois ailés ne sont pas que le prétexte à mettre en lumière l’histoire locale. L’archéologie ou les beaux-arts s’invitent aussi dans les vitrines. Sept spécimens de la collection d’histoire naturelle de Vevey – qui n’est plus présentée au public depuis 1996 – ont ainsi été prêtés au musée. Une occasion de rappeler que la Ville possède la plus grande collection d’histoire naturelle du canton, après celle de la capitale vaudoise.
«Cette exposition nous permet de valoriser les fonds du musée et de documenter nos inventaires, poursuit Fanny Abbott. C’est une chance de pouvoir mettre en valeur des pièces inédites et de les faire dialoguer.»
À l’image d’un pin’s du Vevey Riviera Basket de la saison 1992-1993, montrant un échassier, exposé aux côtés d’une amulette égyptienne du dieu Horus sous la forme d’un faucon. Une manière d’effectuer un voyage dans le temps pendant quelques heures.

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