
Pour l’occasion, soyons un brin romantiques et admiratifs: qu’ils font plaisir à voir Miqui et Yvonne Dubi, 100 ans chacun, dont 67 de mariage! Dans des fauteuils de jardin à leurs noms, sur la terrasse de la maison de Salaz (Ollon), ils ont grand plaisir à recevoir, lui du haut de son centenaire atteint le 9 mai, elle dans l’attente de franchir le cap le 18 juillet.
Face à eux, leur jardin est tout en verdure, rosiers et arbres fruitiers. C’est ici qu’ils ont reçu récemment le gros de leur famille, la Municipalité et le préfet pour célébrer leurs 200 ans cumulés. Ici aussi qu’ils ont la chance de pouvoir encore savourer leur bonheur. «C’est idyllique», soupire «Miqui», Jacques de son vrai prénom.
Traverser le Rhône par amour
«J’ai acheté ça en 1953, poursuit-il. C’était une scierie que j’ai vue tourner à l’eau du ruisseau. Depuis ici, on aime regarder nos montagnes: Bellevue, le Gramont, les Jumelles.» Et Yvonne d’ajouter: «On y montait souvent à pied d’ailleurs quand on était jeunes.»
C’est d’âilleurs à pied, et la hotte sur le dos, que Miqui montait à Villars vendre ses légumes. Agriculteur fut son deuxième métier, après des années à travailler à la carrière de la Gips-Union (Fixit aujourd’hui) à Bex, sa commune de naissance. «Au début, on avait une vache, puis deux, puis trois, jusqu’à une trentaine, avant de commencer à cultiver des légumes, du seigle et même du tabac.»
«Moi je suis née à Monthey, lance pour sa part Yvonne, née Dufaux. J’ai franchi le Rhône pour lui, mais il ne faut pas trop le lui dire…», plaisante-t-elle en mimant une tête qui enfle. Miqui se plaît tout de même à raconter leur rencontre au mitan des années 1950. «J’étais dans la cavalerie à l’armée. Avec deux amis, on s’était arrêtés au Café de l’Union, à Bex, avec nos chevaux. En ressortant, il y avait trois jeunes filles qui les regardaient. On leur a proposé de les leur prêter pour aller faire un tour. Ses copines avaient l’habitude, mais Yvonne est aussitôt descendue. On ne s’est plus quittés depuis.»
Caissière à la Migros de Monthey, elle devient d’un coup agricultrice et prend plaisir à conduire le tracteur pour livrer le tabac ou aller aux champs en moto. Elle n’a passé son permis voiture qu’à 56 ans! À côté de cela, le couple a élevé ses trois enfants, Pierre-Etienne, Jacqueline, et Jean-Luc, qui vit aujourd’hui dans la maison à côté.
La mélodie du bonheur
Miqui et Yvonne n’ont pas de réponse à la traditionnelle question du secret de leur longévité. Leur fille Jacqueline tente une explication: «Le chant! Toute la famille aime à se rappeler leurs voix qui résonnaient à l’écurie au moment de la traite.»
Pour les deux pinsons, actifs respectivement 49 et 59 ans au sein du Chœur mixte d’Antagnes, chanter est une deuxième nature encore aujourd’hui. «Papa joue aussi de l’accordéon et il arrive que je l’accompagne au violoncelle», ajoute leur fille.
S’il aime sa terrasse, le couple n’est pas casanier pour autant. Quand la famille le véhicule, il apprécie les balades, comme celle de Solalex la semaine dernière. «On emmenait notre bétail là-haut un temps», aime à rappeler Miqui. «Et il y a de si jolies promenades», complète son épouse. Rien ne la dissuade d’ailleurs de faire un tour de chez elle avec son déambulateur. «Pas plus tard que ce matin. Ce n’est pas tant loin, mais c’est déjà bien (rires).»
Une telle joie de vivre impressionne. À tel point que deux de leurs arrière-petits-enfants ont pu être rassurés après avoir lu sur certaines boîtes de jeux «de 9 à 99 ans». Miqui et Yvonne peuvent encore envisager quelques jolies parties en famille.
