Un projet de dancing ravive le souvenir des années folles à Villars

Michel Musy se souvient avec nostalgie de l’âge d’or du Sporting, quand Brel, Bécaud, Aznavour et bien d’autres y donnaient des concerts. Projectionniste au cinéma voisin, il y finissait ses soirées.  | K. Di Matteo

Séquence nostalgie
Brel, Bécaud, Aznavour, le prince Rainier… Du beau monde fit halte au «Sporting» dans les années 1950-60. Retour sur une époque, alors que l’établissement pourrait redevenir un dancing.

Le Sporting de Villars redeviendra-t-il le point de chute de la jetset des Alpes vaudoises qu’il a été dans les années 1950 et 1960? Qui sait. Pour l’heure, il est un peu tôt pour le dire, d’autant que le nouveau propriétaire et son architecte jugent prématuré de s’exprimer sur le détail du projet d’hôtel-restaurant-dancing prévu en lieu et place du bâtiment de la rue Centrale (qui sera démoli) et dont la mise à l’enquête s’est conclue récemment. Patience donc.

En attendant, on se plaît à rembobiner la pellicule. Une expression de circonstance lorsque l’on échange avec Michel Musy, 78 ans, ancien projectionniste de la station. «Le cinéma était juste à côté, alors quand j’avais fini, j’allais en boire un petit dernier, se souvient le retraité de Chesières. C’était un lieu mythique. Costard-cravate obligatoire! C’était un endroit où se retrouvait une élite du monde entier. Toute une époque.»

Entre bulles et paillettes

Sur la table du salon, deux albums-souvenirs attendent. Au milieu des cartes postales naturalistes et autres clichés d’époque de hauts-lieux du plateau de Villars, l’une ou l’autre page est consacrée au Sporting. Les coupures de presse et reproductions de photos de ces années folles y fleurent bon la foule, les concerts, les scènes de fêtes, le champagne et les concours de Miss Villars.

En noir-blanc ou en couleurs, jeune ou plus âgé, on y retrouve forcément José Ciocca. En 1951, dans les locaux de la confiserie-tea-room familiale, l’emblématique patron et âme du Sporting ouvrit un lieu incontournable de la vie nocturne de ce Villars huppé des palaces et des dancings. «Au début, José Ciocca jouait lui-même au piano, raconte Michel Musy. Ensuite, il a engagé un pianiste qui est devenu duo, puis trio, puis quartet et quintet! Jusqu’à programmer toutes les semaines des artistes, dont de très grands noms.»

Et notamment Gilbert Bécaud, que l’on voit signer le livre d’or de l’établissement dans l’un des albums. Le Français fit halte plusieurs fois au Sporting. À son sujet, le syndic d’Ollon-Villars, Patrick Turrian, se souvient d’une anecdote que lui racontait son père, fiduciaire comme lui: «Un soir, au restaurant, il avait signé le contrat de l’année suivante sur une serviette de table!»

Un plateau royal

Gilbert Bécaud ne fut de loin pas le seul monstre sacré à s’être produit à l’enseigne rose pétante du Sporting. José Ciocca s’enorgueillissait d’avoir accueilli Charles Trénet, Charles Aznavour, Carlos, Marcel Mouloudji, Raymond Devos, Juliette Gréco, des noms qu’il égraine lors d’une interview pour le documentaire de l’Office du tourisme «Villars, 100 ans d’altitude», que Michel Musy a conservé sur un DVD. En voix off, sur fond de clichés de toutes ces stars d’alors, il expliquait: «Ils aimaient bien venir au Sporting parce que c’était le bain de foule, ils étaient vraiment immergés dans les spectateurs.»

Dans un article du quotidien La Presse Riviera-Chablais de 2004, il ajoutait deux noms sur la prestigieuse liste: Joséphine Baker et Jacques Brel. «Elle est venue chanter à trois reprises, relevait-il au sujet de l’artiste et résistante française d’origine américaine. Elle m’a fait connaître dans le milieu artistique. C’était à chaque fois un risque financier épouvantable.»

Quant au chanteur belge, passé à l’hiver 1964, Ciocca l’évoque en rappelant un repas d’anthologie au terme duquel «il voulait manger un morceau de fromage suisse. Nous avons causé métaphysique et politique jusqu’à cinq heures du matin.»

Sur l’enregistrement de «100 ans d’altitude», on entend encore l’ancien patron, décédé en 2011 à 80 ans, nourrir un peu plus la légende de son Sporting avec une anecdote royale. «Un soir, on avait organisé le concours de Miss Villars, avec projecteurs, piste, micro, lumières. Je dis: «Et voici, nous avons l’honneur de vous présenter la première concurrente…» et là, qui je vois arriver sur la piste? Le prince Rainier! Inutile de vous dire l’éclat de rire t général. Je ne savais plus où me mettre! Il a rigolé et est allé s’asseoir à sa table.»

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