Un projet immobilier « modèle réduit » aux Grands-Prés

La parcelle des Grands-Prés est un poumon vert situé à proximité de l’autoroute. Après acceptation par le peuple d’une initiative populaire en faveur de sa protection, les autorités communales prévoient d’y établir un parc public.  | DR

Montreux
L’un des investisseurs de l’écoquartier retoqué dans les urnes il y a deux ans n’abandonne pas. Il souffle l’idée d’un complexe immobilier, mais moins dense.

Les Montreusiens se voient peut-être déjà flâner dans le futur parc public prévu à Baugy. La préservation de ce poumon vert de 2,5 hectares situé non loin de l’autoroute avait été préférée à un écoquartier de 11 immeubles – un projet sur parcelle communale porté par deux investisseurs: la caisse de pension Retraites Populaires et la Société coopérative immobilière Riviera (SOCIM).

Mais le président du Conseil d’administration de cette dernière sort une nouvelle carte de son jeu: il envisage toujours un projet immobilier, mais de plus faible densité. «Pourquoi ne pas réfléchir à une constructibilité restreinte? Les investisseurs ne perdraient pas tout ce qu’ils ont déjà avancé et la châtaigneraie ne serait plus forcément collée à une dizaine de mètres des bâtiments, avance Wolfgang Martz. Cela offrirait aussi un dégagement pour les voisins, une sorte de compromis, et cela nous permettrait également de répondre à un besoin en proposant des logements à loyers modérés et abordables.»

Dans l’attente d’une décision du Tribunal fédérale

Après une campagne agitée, la population avait finalement accepté à plus de 71% il y a deux ans une initiative visant à inscrire la parcelle en zone de verdure non constructible et à abroger le Plan partiel d’affectation dudit projet «Grands-Prés».

Alors pourquoi proposer à nouveau du locatif? Car pour l’instant, l’idée d’un complexe immobilier n’est pas encore définitivement enterrée.

Avant l’issue de cette votation, la Commune de Montreux avait en effet validé le permis de construire dans une procédure distincte. Lors de sa mise à l’enquête, les opposants (principalement des voisins et Helvetia Nostra) ont recouru auprès de la Cour cantonale de droit administratif – sans succès.

Ils ont ensuite recouru à nouveau, cette fois-ci au Tribunal fédéral. L’instance judiciaire doit encore rendre son jugement. «Si le Tribunal fédéral refuse la délivrance du permis de construire, je pense que l’affaire sera classée. Mais s’il la valide, les autorités communales se trouveront devant deux processus légaux entrant en force, mais parfaitement contradictoires. Il leur appartiendra de faire une pesée d’intérêts», estime
Wolfgang Martz.

L’autre investisseur préfère ne pas commenter en détail l’évaluation que fait la SOCIM. «Comme tout au long de la campagne, nous souhaitons garder notre droit de réserve, et ce d’entente avec nos partenaires. Mais nous prenons note du commentaire», indique Tiago Pires, porte-parole de Retraites Populaires.

Pas de dédommagement prévu

Du côté de la Municipalité, on ne fait pas la même lecture du dossier. «Cette idée de projet moins dense, ce n’est pas quelque chose auquel nous sommes en droit de réfléchir actuellement, commente Caleb Walther, municipal chargé de l’urbanisme. Mais notre sentiment, c’est que cette proposition arrive trop tard, car il faudrait alors à nouveau passer devant le peuple si on veut changer ce qui a été décidé avec l’initiative populaire.»

Quant à d’éventuels dédommagements financiers qui pourraient se monter à hauteur de plusieurs millions auprès des investisseurs – 6 à 7 millions selon la SOCIM – l’édile estime que la Commune n’est pas redevable. «L’accord que la Municipalité avait signé avec eux est clair, il ne comprend aucune garantie de construction, même si le permis est attribué.» Affaire à suivre.