Un p’tit coin tout terrain

Une EcoToilet a été installée au lac Retaud, à Ormont-Dessus l’été dernier.  | DR

Aigle
Pour éviter que les randonneurs transforment la nature en toilettes à ciel ouvert, cinq partenaires ont conçu une toilette écologique inédite. Explications.

Dans les locaux de la menuiserie Morerod, dans la zone industrielle d’Aigle, Sébastien Kulling et Joël Morerod – deux des cinq partenaires du projet EcoToilet – présentent avec fierté la quatrième cabine en cours de finition. Trois autres sont déjà dans la nature, et les premières expériences laissent à penser que cette innovation devrait séduire nombre de Communes.

Ces toilettes écologiques présentent plusieurs caractéristiques originales. Ressemblant extérieurement aux cabanes de bergers également fabriquées par l’entreprise chablaisienne, ces toilettes publiques ont tout pour séduire, et l’usager et les collectivités publiques. Elles sont confortables, hygiéniques, transportables, demandent peu d’entretien et peuvent aisément prendre place sur des sites naturels. Là où les usagers peuvent apprécier un tel lieu.

«Nous visons les sites touristiques qui accueillent de nombreux visiteurs en été ou en hiver. Une cabine a été testée à l’Arboretum d’Aubonne, d’autres au lac Retaud en été, à l’Arsat durant la saison hivernale, et le fonctionnement donne entière satisfaction», relate Sébastien Kulling, ingénieur en génie thermique, passionné de bois et de durabilité.

Sans eau, ni électricité

Si le procédé est déjà utilisé dans les cabanes de montagne, donc sur des sites fixes, l’EcoToilet est la première version mobile et elle séduit par l’ingéniosité de son fonctionnement. En effet, ce modèle ne demande aucun raccordement à un quelconque réseau. En résumé, une fois installé, il est prêt à l’usage. Fonctionnant sans consommation d’eau, ce cabanon fait aussi penser à des toilettes sèches, utilisées par exemple dans les camping-cars.

La particularité de ce système réside dans son tapis roulant installé sous la cuvette, un procédé permettant de séparer automatiquement les matières fécales de l’urine. Les premières sont lombricompostées sur place. Le papier WC est lui aussi traité par le même système.

La réduction de la masse de matières fécales est de 90% et ne nécessite qu’une vidange tous les trois mois environ. Quant à l’urine, elle est dirigée dans un bac sous la cabine et récupérée pour être utilisée comme fertilisant naturel.

Confort pour l’usager

Outre les aspects durables, l’EcoToilet garantit hygiène et confort. «Il n’y a aucune consommation de sciure ou de produits chimiques, assurent les concepteurs. Grâce à la séparation de l’urine et des matières fécales, ainsi qu’à un système naturel d’aération, l’utilisateur peut vérifier qu’aucune mauvaise odeur n’est à déplorer.»

Outre Sébastien Kulling et Joël Morerod, trois autres partenaires passionnés par l’innovation durable – un ingénieur agronome, un biologiste et un spécialiste en communication – forment l’équipe dirigeante de la société.

Les cabines sont réalisées par la menuiserie Morerod à Aigle ou aux Diablerets, avec l’utilisation de bois de la région et de panneaux en aluminium pour la partie externe. «Mon équipe réunit de nombreux corps de métiers, de sorte que nous pouvons réaliser toute la cabine chez nous, à l’exception de l’équipement électrique», se félicite Joël Morerod, soucieux d’économie durable et convaincu du succès de ce projet lancé en 2023. Cette EcoToilet est utilisable de nuit grâce à un panneau solaire assurant une lumière à l’intérieur.

Plusieurs Communes ont déjà manifesté un intérêt, comme Lutry qui va l’acquérir pour son refuge en pleine forêt. Sébastien Kulling et Joël Morerod sont convaincus de l’avenir de ce projet qui a déjà reçu le soutien de plusieurs services de l’État de Vaud, de Chablais Région, de Genilem et de l’Agroscope. Les promoteurs de cette cabine d’aisance tablent sur une production de 100 cabines durant les trois ans à venir.

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