
Nathan Maggetti et Lucie Tardin forment le nouveau duo à la tête des Éditions de l’Aire. | Éditions de l’Aire
À l’image des travaux entrepris en façade, les Éditions de l’Aire sont actuellement en chantier pour assainir leurs fondations. Datant de 1928, la vieille bâtisse qui les abrite est actuellement entourée de bâches et d’échafaudages. Une phase de mue nécessaire pour la remettre à neuf et préserver ce patrimoine industriel veveysan.
De cette chrysalide émergera un pôle littéraire, qui accueillera en son sein les Éditions de l’Aire, la Maison de la poésie et un troisième projet littéraire «qui sera révélé en temps voulu», confirme le directeur du Conseil d’administration Eligio Novello.
La direction a été confiée aux Lausannois Nathan Maggetti, 26 ans, et Lucie Tardin, 30 ans. «Nous avons débuté ensemble le 1er octobre 2024, précise Lucie Tardin. Durant une première phase de transition, notre mission a été de reprendre les affaires courantes et de publier les ouvrages déjà lancés.»
«Publier moins, ais mieux»
L’ancien patron des Éditions de l’Aire, décédé à la fin du mois de décembre 2023, a publié près de 1’500 titres en 45 ans d’activité. Connue pour son rythme de publication plus que prolifique, la nouvelle direction souhaite dorénavant réduire la voilure. L’entreprise, qui reposait auparavant entièrement sur les épaules de son fondateur, vit une phase de transition tout en s’inscrivant «dans la continuité» de la ligne de Michel Moret.
«D’une cinquantaine d’ouvrages publiés chaque année, nous allons passer à une quinzaine de publications par an, dont un tiers dédié aux ouvrages du fonds, et les deux autres tiers à des nouveautés», confirme Nathan Maggetti. «En résumé, notre objectif est de publier moins, mais mieux, avec un accompagnement réel des auteurs», complète sa collègue. Leurs objectifs: se focaliser sur la littérature et réduire le nombre de collections. «Nous nous sommes vu attribuer la mission de valoriser le fonds de la maison, tout en donnant aussi de la place à des voix plus jeunes», précise Lucie Tardin.
Après quelques mois de réglages et de prise en main, le nouveau duo voit le bout du tunnel. «Nous terminons actuellement la mise à jour des différents dossiers, souligne Nathan Maggetti. La prochaine rentrée littéraire devrait refléter notre ligne éditoriale.»
Assainir la Maison
Le premier grand défi des Éditions de l’Aire, c’est de renouveler le fonctionnement interne et d’équilibrer ses finances. «Nous remontons une pente raide, certifie Eligio Novello. Nous nous sommes prudemment fixés un délai de 3 ans pour assainir définitivement la Maison, la développer à nouveau, et lui redonner sa place sur la scène éditoriale romande.»
Autre point d’achoppement: la gestion du stock. Notion abstraite, elle prend une tout autre dimension lorsque l’on visite les locaux. Initialement dépourvu d’inventaire numérique, le stock se trouve dans une grande pièce jouxtant le bureau. Nous nous retrouvons face à plusieurs étagères, entièrement remplies de sacs de livres, qui constituent le patrimoine désormais identifié, inventorié et classé de la Maison. Un dédale pour tout œil non averti.
«Tout reposait sur Michel Moret et sa mémoire. Il faut désormais des outils plus adaptés pour rationaliser notre logistique», explique Nathan Maggetti. «La valorisation de ce patrimoine et l’ouverture de nos murs au public, ce sont les deux derniers chantiers qui nous attendent», conclut Lucie Tardin avec confiance.
Après une période mouvementée, le calme semble être de retour dans la maison d’édition. Nommés à la direction de l’enseigne veveysanne, Lucie Tardin et Nathan Maggetti ont repris ensemble la barre éditoriale.
Traductrice littéraire et médiatrice culturelle, Lucie Tardin s’est vu proposer la reprise de la Maison, dans l’optique de valoriser le fonds et accompagner les nouveautés littéraires. «Je ne me sentais pas à l’aise de reprendre les éditions toute seule, relève l’éditrice. L’idée d’une co-direction s’est très vite imposée. Nathan et moi, nous sommes très complémentaires. C’est un atout.»
Après des études en français et histoire à l’Université de Lausanne, Nathan Maggetti a assisté Michel Moret en 2023 et travaillé pour différentes institutions culturelles en Suisse romande. De stagiaire à directeur, pas le temps de réfléchir à cette opportunité. «Il y a tellement à faire, nous avons peu le loisir de mesurer notre situation!»
