
|MJF, © Lionel Flusin
L’organisation du Montreux Jazz Festival a annoncé samedi que les scènes payantes ont enregistré un taux de remplissage moyen de 90%. 12 concerts ont affiché complet sur la scène du lac, 10 au Casino. Responsables et police ont évalué à 250’000 le nombre de personnes présentes sur le site durant les 16 jours de festival. Le budget était de 30 millions de francs.
Si cela n’a pas été annoncé de manière définitive, l’édition 2025 sera organisée de la même manière, alors que celle du 60e se déroulera dans le Centre de Congrès rénové et remis aux normes (printemps 2026, normalement).
La Police cantonale vaudoise a constaté une légère diminution des vols et des bagarres, par rapport à l’an passé. Les infractions à la loi sur les stupéfiants sont restées faibles, avec saisie de 20 g. de cocaïne, 60 pilules d’ecstasy, 6 g. de haschisch et marijuana.
Les autres chiffres communiqués sont: 2’541 amendes d’ordre, 14 véhicules en fourrière, 5 plaintes pénales, 206 objets de valeur trouvés, 11 vols, 30 bagarres et ivresses, 7 personnes mises en cellule, 9 agressions, 10 infractions stupéfiants, 43 contrôles d’identité.

Soirée «K»
La tête remplie de sons cuivrés de Kokoroko, mes oreilles n’étaient pas tout à fait prêtes à recevoir la foudre électronique qui se déchaînait sur la scène du lac. À peine foulés que les pavés de la place du Marché décollaient. Un état de suspension avant une plongée dans les limbes intergalactiques de Kraftwerk.
Avec quatre claviers, le quatuor allemand nous a livré l’équivalent de la musique de chambre en version électronique monumentale. Groupe avant-gardiste formé des années 1970, il n’a rien perdu de sa superbe plus de 50 ans plus tard. Un concert intersidéral qui nous a transportés dans les airs avec Autobahn ou Tour de France.
Salle du Casino
Un concert sous le signe de l’amour, titre du douzième album de Disiz. Explosant les frontières du genre, le rappeur français a livré une performance enflammée et intimiste. Un grand écart émotionnel et musical, qui illustre le talent de ce chanteur actif depuis plus de 20 ans.
L’artiste a presque «pété les plombs» face à la rangée de sièges. «C’est notre dernière date de tournée, il faut vous lâcher un peu!» Le public ne s’est pas fait prier. C’est donc en dansant sur les chaises que le concert s’est poursuivi. Moment hors du temps lorsque Disiz a entonné «Qu’ils ont de la chance» a cappella, au milieu de fans conquis, debout sur une chaise. De quoi oublier la climatisation capricieuse de la salle.
Quai Ernest-Ansermet
Autrefois à l’étroit sur des quais bourrés de festivaliers, le Jazz en version «extra muros» a permis une certaine respiration aux agoraphobes dont je me réclame. En direction du Casino, la foule se dissipe, l’ambiance y est plus détendue. On y a même croisé un perroquet sur un vélo. L’insolite, c’est aussi le charme de ce rendez-vous estival.

La scène du lac
Le must absolu du festival cette année. Avec sa déclivité qui permet de bien voir les concerts, la vue sur les montagnes, le lac, avec le soleil couchant, c’est une belle réussite. Le fronton a été imaginé et scénographié par l’entreprise veveysanne spécialisée dans la scénographie Thematis. Beaucoup de mélomanes ont confié soir après soir leur envie de voir cet espace pour 5’500 personnes être pérennisé. Ce sera le cas pour 2025, mais nul ne sait ce qu’il adviendra quand le MJF pourra réintégrer le Centre de Congrès rénové. Deux bémols toutefois: les retards et désagréments dus à la pluie – plein air oblige – et l’acoustique pas toujours parfaite
Editors et Diana
Grand bonheur de revoir Editors, 11 ans après. Le gang post new wave de Birmingham a fait mouche même si seules 45 minutes lui ont été imparties. Suffisant pour faire briller ses joyaux comme An End Has a Start, Munich, Sugar, Smokers Outside the Hospital Doors et bien sûr Papillon, avec au passage une superbe reprise de Killer de Seal. Quelques soirs plus tard, une grande icône, Diana Krall, a envoûté le public. Tout en retenue et délicatesse, la plus grande pianiste-chanteuse de jazz vivante a délivré un set en trio délicieux et émouvant.
Un temple pour la culture
Dans le Petit Palais, rebaptisé durant le festival Lake House, les organisateurs ont mis en place une formidable plateforme pour la culture, pour les cultures. Sur trois étages et dans cinq salles pour autant de styles, le mélomane, le curieux, le béotien ont vécu une expérience différente et complémentaire à la furia du festival. Ouverte chaque jour de 17h à 5h, elle a permis d’assister gratuitement à des ateliers de stars comme de musiciens moins connus, à des concerts évidemment, de voir des DJs passionnés faire tourner de vieux vinyles iconiques, de visionner des films musicaux ou encore de piocher un ouvrage dans la plus grande bibliothèque mondiale dédiée au jazz. Génial!
