Une collection révélée pour la première fois à Vevey

«Tôt le matin», Thomas Huber (Zurich, 1955), huile sur toile.  | ProLittteris, Zurich, photographe M. Burz

Art contemporain
Deux nouvelles expositions ouvrent la saison du Musée Jenisch. L’une, jamais dévoilée, présentera une sélection d’œuvres rassemblées par Thierry Barbier-Mueller. L’autre sera consacrée à Albert Chavaz, peintre et graveur suisse reconnu.

Lac et montagnes au loin baignant dans un bleu lumineux et apaisant: l’huile sur toile – monumentale, majestueuse – cueille le visiteur dès son entrée au Musée Jenisch. «Tôt le matin» de Thomas Huber (Zurich, 2022) donne le ton.

C’est en effet à une exposition silencieuse et contemplative – «Une conversation sans mots» – que nous invite le musée en dévoilant, pour la première fois et jusqu’au 26 octobre 2025, une sélection d’œuvres d’art du collectionneur discret, mais prolixe, Thierry Barbier-Mueller (1960-2023).

Collectionneur de placard

Décédé brutalement en 2023, Thierry Barbier-Mueller faisait partie de ces collectionneurs dits «de placard» qui ne montrait qu’à quelques privilégiés les pièces qu’il collectionnait pourtant depuis plus de 40 ans.

Né dans une famille férue d’art et collectionneuse depuis deux générations, il poursuit certes la tradition familiale, mais se tourne, lui, résolument vers l’art contemporain, et suisse notamment. En déambulant dans les salles de l’exposition, on peut ainsi découvrir sur près de 300 m2 les œuvres des Suisses Franz Gertsch, Martin Disler, Silvia Bächli, Alain Huck, ainsi que celles de figures plus internationales telles que Georg Baselitz, Thomas Ruff ou Nan Goldin. Le collectionneur possédait également quelques pièces moins contemporaines, telles celles des peintres Robert Zünd et Albert Anker.

Le parcours de l’exposition est conçu en deux temps, il répond à l’architecture du musée et à ses salles symétriques. Ainsi, au rez-de-chaussée, deux thématiques conversent: à droite du large escalier central, la nature et le paysage; à gauche, la solitude, ici enserrée entre deux petites alcôves, consacrées une à l’érotisme, Éros, l’autre à la mort, Thanatos, toutes deux peu conseillées à de jeunes enfants sans, au moins, un préalable avertissement et une explication.

À noter que le catalogue qui accompagne l’exposition compile les interviews de plusieurs artistes et galeristes ayant côtoyé le collectionneur, certaines d’entre elles essaimant entre les œuvres telles de petites touches textuelles sensibles.

Natures mortes et paysages valaisans

En parallèle et jusqu’au 2 novembre prochain, le Cabinet cantonal des estampes, au premier étage du musée, présente une belle et séduisante sélection du travail d’Albert Chavaz (1907-1990), figure majeure de l’art du XXe siècle en Suisse romande.

Né à Genève, Albert Chavaz, peintre alors déjà reconnu, découvre le Valais en 1934 grâce à la commande d’un décor mural dans la région. Il s’installe ensuite à Savièse où il poursuit ses créations dont l’essence est principalement constituée de représentations de paysages valaisans, de natures mortes et de personnages féminins.

Réalisée grâce à un don de la Fondation Albert Chavaz, l’exposition accorde une large part au processus de création de l’artiste. Car s’il est avant tout peintre et aquarelliste, Albert Chavaz pratique aussi de manière ponctuelle la gravure à la pointe sèche et la linogravure.

L’exposition «Albert Chavaz, l’approche d’un peintre» présente un panorama de ses réalisations gravées en une cinquantaine d’estampes, dont des épreuves mises côte à côte de l’œuvre finale et des essais couleurs. Trois thématiques rythment l’espace du pavillon: nature morte, paysages et figures féminines. Lesquelles sont tantôt nues, tantôt habillées, observées à la dérobée dans des lieux publics ou posant à l’atelier du peintre.

www.museejenisch.ch
«Une conversation sans mots» (jusqu’au 26 octobre) et «Albert Chavaz, l’approche d’un peintre» (jusqu’au 2 novembre). Le programme comprend aussi des visites guidées et des ateliers créatifs pour enfants et adultes.

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