
Devant l’enthousiasme des experts qui l’ont interrogé, Dominique Paccard pensait décrocher le bronze. Le Vaudois est déçu en bien, puisque c’est l’argent qui est venu couronner leur création. | DR
«Je suis rentré rayonnant de Paris, avec un magnifique certificat à épingler dans mon bureau!» Dominique Paccard a de quoi être heureux. Le 11 mai dernier, ce Villeneuvois de 74 ans revenait de la capitale française avec une médaille d’argent dans ses valises. Une décoration obtenue au Concours Lépine, le célèbre salon des inventions, dont la 125e édition se tenait à la Porte de Versailles durant une dizaine de jours. Il faisait ainsi partie de la vingtaine d’exposants (sur un total de 220) à se voir décerner une distinction argentée.
La trouvaille qui lui a valu cette reconnaissance? Un abri mobile, destiné principalement aux haltes de transports publics. Un concept baptisé «Testudo» – tortue, en latin – qu’il a imaginé et développé avec Charles Willen, un autre Villeneuvois âgé de 90 ans. Les deux créateurs et leur prototype avaient d’ailleurs fait l’objet d’un premier article dans Riviera Chablais Hebdo en juin 2022. Conçu en aluminium et en polycarbonate, facilement transportable, il est une alternative aux structures «en dur», qui nécessitent souvent des démarches administratives et des travaux conséquents. «En deux heures, ça peut être installé», affirme Dominique Paccard.
Du bruit et des rencontres
Du chemin a donc été parcouru en quatre ans. «Après avoir déposé un brevet en Suisse et en France, il s’agit à présent de faire connaître notre invention pour trouver un débouché commercial. La plus ardue des batailles!», souligne le Chablaisien. «J’ai tenté plusieurs pistes infructueuses, jusqu’à ce que quelqu’un me parle du Concours Lépine.»
Après que son inscription a été validée – il faut impérativement que l’invention soit déjà brevetée – le septuagénaire est donc «monté» à la Ville Lumière, accompagné de son épouse. Avec son prototype d’abri sous le bras? «Non, j’avais une maquette au 1/50e, sinon cela m’aurait coûté cher en transport.»
Les voilà donc installés au cœur du salon. Leur quotidien est d’assurer la tenue de leur stand de 10h à 19h devant des centaines de curieux qui défilent. Et d’accueillir également les experts du concours et leur foule de questions. «Le brouhaha était pas possible, témoigne le Villeneuvois. Le soir, on était raides!» Les bons côtés de la vie parisienne? Pas pour cette fois. «Durant le séjour, on n’a pu se faire qu’une seule soirée théâtre.» L’épreuve est certes physique, mais enrichissante. «Ça m’a ouvert une autre dimension, j’ai rencontré des gens fort sympathiques. Un délégué de l’ambassade suisse est même venu me voir.»
Ticket pour un autre salon
En plus de se distinguer dans la compétition, l’invention des deux Chablaisiens a attiré l’attention de certaines Communes de l’Hexagone. «J’ai pu échanger avec des élus municipaux. J’ai des adresses, je vais voir ce que ça donne.» Autre opportunité en vue: Dominique Paccard est invité à participer au Salon des maires, qui se tiendra au même endroit en novembre prochain. «C’est possible que j’y aille, pour autant que je n’aie pas encore trouvé d’acheteur pour les brevets.»
Car c’est l’une des pistes les plus sérieusement envisagées à l’heure actuelle: vendre les brevets de l’invention à une entreprise de production existante. «Ou alors lancer une fabrication sous licence», ajoute ce natif de Montreux, qui a dirigé une firme de ventilation industrielle. «Mon idée était aussi de travailler avec des structures à vocation sociale, comme des ateliers protégés.»
Le Concours Lépine est le berceau de nombreuses inventions qui ont changé le quotidien, comme le mouchoir jetable (1901), le stylo bille (1919), le sèche-cheveux (1935) ou les verres de contact (1948). Qui sait, peut-être qu’un jour la création villeneuvoise rejoindra ces objets novateurs.
