Une maison tricentenaire menacée

Jérôme Buttet, président de Monthey Patrimoine, devant la Maison du Banneret.  | P. Genet

Monthey
Non protégée, une bâtisse de 1660 pourrait être détruite sur le coteau de Choëx. Monthey Patrimoine a fait opposition. Éclairage.

«C’est une maison ancienne / Adossée à la colline / On y vient à pied…» Pardon à Maxime Le Forestier pour cette entorse à la chanson. Mais la bâtisse accrochée au coteau de Choëx, certes se mérite par la grâce d’une ascension pas piquée des hannetons, mais surtout n’en est pas moins remarquable que la fameuse «maison bleue» des hauts de San Francisco. 

C’est du moins ce qu’en a jugé Monthey Patrimoine, qui a décidé de faire opposition à la destruction de la Maison dite du Banneret, dont la construction remonte à 1660 et qui pourrait faire place à une villa. «C’est une ancienne douane entre la plaine et la vallée qui prélevait des taxes sous forme de sel», explique Jérôme Buttet, président de l’association, forte de quelque 300 membres. «Quand on a l’habitude d’avoir quelque chose sous les yeux, on ne s’inquiète pas trop. C’est pourquoi nous avons été étonnés d’apprendre que cette bâtisse n’était pas protégée. Pour nous, elle a une valeur indéniable, une valeur patrimoniale et historique. Mais elle ne figure pas dans l’inventaire du patrimoine bâti
de la Ville.» 

Absente de l’inventaire

De fait, l’inventaire actuel, qui recense quelque 300 bâtiments, ne comprend pas la Maison du Banneret. «D’entente avec le Canton, nous nous sommes principalement limités au centre-ville, et cette bâtisse, même si elle en est proche, n’en fait pas partie», confirme le président de Monthey Stéphane Coppey. Chef du service Urbanisme, bâtiments et constructions, Mathias Pannatier complète: «Un choix a dû être fait quant à la classification. Cet inventaire se limite au centre de Monthey et à quelques objets d’exception à l’extérieur de ce périmètre (ndlr: le Vieux Manoir, par exemple, y figure). Le coteau de Choëx n’a pas tellement été analysé», reconnaît l’architecte de la Ville. 

Par la bouche de Jérôme Buttet, Monthey Patrimoine dit vouloir «demander que la Commune englobe tout le territoire bâti communal pour le deuxième volet de son inventaire». Une possibilité que ne balaie pas Stéphane Coppey. «Cette liste n’est pas figée, dans un sens comme dans l’autre. Des bâtiments peuvent y entrer, d’autres peuvent en sortir.» Cela pourrait-il être le cas de la bâtisse tricentenaire? «Nous prenons note des oppositions, nous allons les traiter, puis nous jugerons de l’opportunité ou non d’intégrer cette bâtisse à notre inventaire», répond l’édile. 

«Une substance
patrimoniale»

Son chef de Service semble aller dans le même sens. «À ce stade, on ne peut pas vous dire la valeur patrimoniale de l’ancienne douane, car il faudrait une étude plus poussée pour pouvoir lui attribuer une note. Mais elle a indéniablement une substance patrimoniale», admet Mathias Pannatier. «L’architecte de la Ville a compris nos arguments et n’était pas surpris de notre opposition», souligne Jérôme Buttet. 

Le président de Monthey Patrimoine évoque un «vice de forme». «Le Canton oblige que la mise à l’enquête de la destruction d’un bâtiment comporte un dossier photographique. Or, ici, ce n’est pas le cas. Pour celui-ci, nous n’avons qu’une image de mauvaise qualité, non exploitable, prise par un drone.» Un manque de documentation que des sources proches du dossier ont d’ailleurs corroboré. 

La Muni tranchera

«Ce bâtiment n’est pas 100% dans son jus d’il y a 360 ans. Il a subi des modifications au cours de son histoire, précise Mathias Pannatier. Une analyse approfondie serait nécessaire pour en savoir davantage à ce sujet. Ce sera maintenant notre travail de prendre connaissance des oppositions, puis de proposer des variantes au Conseil municipal, qui se prononcera et déterminera les mesures à prendre: classement, reportage photographique avant d’autoriser sa démolition, etc.» Un temps de traitement qui peut aller jusqu’à plusieurs semaines, voire plusieurs mois.