Une nourriture respectueuse de la nature et de l’humain

Les six compagnons de l’association du Radis Noir vendent également sa production sur les marchés de la région. L’occasion de faire passer leur message en discutant avec les clients. Au vu du succès, ils envisagent d’augmenter leur production.  | DR

Porsel
Depuis 2024, six jeunes gèrent collectivement la ferme le Radis Noir. Pour produire leurs légumes et fabriquer leur pain, ils misent sur des méthodes 100% durables.

«Nous sommes très contents de la tournure que prend l’aventure, c’est rare les projets comme le nôtre qui ne sont pas dans les chiffres rouges les premières années», sourit Arthur, l’un des six membres de l’association qui gère une ferme à Porsel. Leurs méthodes de production en bio intensif et circuits courts ont su convaincre les consommateurs: les ventes de paniers de légumes et de pain sont en augmentation, et quelques restaurants, comme La Fleur de Lys à Porsel, achètent régulièrement leurs produits. 

Dernier contrat en date, la crèche Casse-Noisettes de Romont, qui compte sur leurs légumes pour les menus de sa cantine. «Il est essentiel de pouvoir proposer une nourriture saine, de saison et locale aux enfants, explique sa directrice Christelle Balsiger. La production du Radis Noir va dans ce sens, avec des produits d’extrême qualité.»  

Doubler la production 

Conséquence de ce succès, la ferme va devoir doubler sa production d’ici à l’année prochaine. Après avoir travaillé durant une année bénévolement, les membres de l’association peuvent désormais payer leurs frais fixes, leurs assurances et se verser un salaire avoisinant les 400 francs. «Ce n’est pas du luxe, mais un choix de vie ancré dans la simplicité, assure Arthur. Il nous permet de rester alignés avec nos valeurs.» 

Au Radis Noir, on travaille avec le plus grand respect pour la santé de la nature et de l’être humain. La volonté affichée est de prendre le contre-pied de l’agriculture industrialisée et mécanisée qui domine le marché. La production maraîchère se fait donc quasiment uniquement à la main. Les légumes sont cultivés en «sol vivant» et en bio intensif. 

Aucun fertilisant à base de pétrole ni aucun autre produit synthétique n’est utilisé. La deuxième grosse filière de l’association est la confection de pain au levain, cuit au feu de bois. Les céréales nécessaires sont plantées directement à la ferme, et sont transformées aussi sur place, un moulin à farine ayant été ramené de Bretagne.

Le difficile accès à la terre

Si la mayonnaise a pris en à peine deux ans, rien n’était pourtant acquis. Quand les futurs membres du Radis Noir se rencontrent dans les milieux militants lausannois, aucun n’a d’expérience agricole. Le projet germe dans leurs têtes, mais encore faut-il accéder à des terres cultivables. «Nous avons visité plusieurs domaines, mais à chaque fois, plusieurs millions de francs de rénovation étaient prérequis pour l’investissement. Et puis en Suisse, il faut être titulaire d’un CFC en agriculture pour avoir accès à la terre», explique Arthur, qui est horticulteur de formation. Il est en effet impossible de reprendre des terres cultivables, si l’on n’exploite pas déjà des terres ou si l’on ne dispose pas «des aptitudes usuellement requises dans l’agriculture de notre pays», selon la Loi fédérale sur le droit foncier rural. 

Pour ces militants, la situation se débloque lorsque le fils d’une famille paysanne rejoint l’aventure, titulaire du diplôme nécessaire. «Ses parents voulaient lui remettre leur ferme, mais ils étaient moins convaincus par notre projet de la reprendre collectivement. Il fallait prouver qu’il serait rentable. Nous étions un peu les <bobos écolos> qui débarquaient, même si nous venons quasiment tous des alentours.» 

Les propriétaires de la ferme acceptent malgré tout de mettre le collectif à l’essai pendant une année. «Ça n’a pas été évident, nous avons dû énormément apprendre sur le tas», se souvient l’agriculteur en herbe. Mais les six compagnons, qui sont tous en fin de vingtaine, ne lâchent rien et délivrent un travail de qualité. Résultat: la ferme leur sera définitivement remise en 2027.

«Il va tout de même falloir trouver des solutions pour gérer la ferme de façon collective, car juridiquement, tout sera au nom de la personne titulaire du CFC. Ça risque d’être beaucoup de pression sur ses épaules», glisse Arthur. Mais l’essentiel est là: l’Association du Radis Noir va pouvoir péréniser son activité et continuer à cultiver ses produits.

Plus d’infos: 

radis-noir.ch/#Ferme

Pour découvrir les produits du Radis Noir, il existe également un self service au sein de la ferme, ouvert tous les jours.