
Excédé par l’«inaction» de la Municipalité face à une route qu’il considère comme dangereuse, Hadrien Lavaux est allé à la pêche aux signatures. | R. Brousoz
«Cette route représente un vrai danger, soupire Hadrien Lavaux. D’autres riverains m’ont partagé leur colère et leur inquiétude.» Il n’en fallait pas plus pour que cet habitant de Saint-Légier-La Chiésaz dégaine stylos et formulaires. Et le voilà aujourd’hui bardé d’une pétition de 343 signatures – dont 94 en ligne – prête à être déposée sur la table de la Municipalité aujourd’hui.
Cible de ce mécontentement populaire? La route des Deux-Villages – une «traversée» de quelque 800 mètres qui va du Café de la Place jusqu’à l’Auberge communale. Trottoirs abaissés, revêtement phono-absorbant: cet axe cantonal fréquenté a subi d’importants travaux au cours des dernières années. «Malgré ces investissements, la sécurité des piétons, des cyclistes et des résidents proches reste insuffisante», estime celui qui habite au bord de cette route avec sa compagne et ses enfants. «Les voitures continuent à traverser le village à vive allure, en particulier le soir.»
Une autre riveraine témoigne: «Les nombreux endroits où les trottoirs ont été abaissés donnent un sentiment d’insécurité permanente. S’ils croisent un gros véhicule, les automobilistes ne ralentissent pas, ils montent sur le trottoir.» Et de rappeler qu’au bout de ce tronçon se situe le collège de La Chiésaz, et que les enfants doivent longer la route pour s’y rendre. Tout comme ceux qui vont à Clos-Béguin doivent la traverser. «J’ai essayé d’alerter les autorités de nombreuses fois. Mais la réalité, c’est que nous ne sommes pas considérés», déplore cette maman qui n’a pas hésité à signer la pétition.
Une «tergiversation» mal vue
Pour Hadrien Lavaux, l’abaissement des trottoirs devrait s’accompagner d’autres mesures, comme des ralentisseurs ou des passages piétons. Mais ce que ne comprend surtout pas le pétitionnaire – qui se dit indépendant de toute affiliation politique – c’est le fait que l’Exécutif tarde à abaisser la vitesse de 50 à 30 km/h sur ce tronçon, malgré l’intention initialement affichée. «Maintenant que le Canton a donné son feu vert, la Municipalité tergiverse», s’agace le pétitionnaire, dont le texte réclame la «mise en œuvre immédiate» de cette limitation. «Le 30 km/h permettrait d’apaiser le trafic et de rendre au centre du village un peu de sérénité et éviter que cela soit juste une route de transit», abonde sa voisine de quartier.
Si la Municipalité préfère temporiser, c’est qu’elle attend des éclaircissements de Berne. L’an dernier, la motion du PLR Peter Schilliger a en effet été acceptée par le Conseil des États, tout comme le National avant lui. Le Lucernois demande notamment que les routes «à orientation trafic» dans les communes conservent leur vitesse de 50 km/h. Le projet du Conseil fédéral n’étant pas encore connu et validé, l’Exécutif de Blonay-Saint-Légier dit vouloir patienter avant d’aller de l’avant sur le dossier de la traversée de Saint-Légier. Une «inertie politique qui sacrifie la sécurité publique», considère pour sa part Hadrien Lavaux.
Éviter des dépenses
Municipal chargé de l’urbanisme, Thierry George rappelle que faire passer cet axe à 30 km/h impliquerait d’autres mesures. «Toutes les routes y débouchant devraient aussi être classifiées en zones 30 km/h, expose l’édile PLR. Ce qui nécessiterait plusieurs ajustements dans ces secteurs, comme l’abandon des passages piétons et l’instauration de priorités de droite.» Les chemins «bordiers autorisés» seraient également menacés selon lui. «Ce qui pourrait nous valoir quelques refus des habitants de ces quartiers.»
«Ces éléments nécessitant des investissements financiers importants, la Municipalité a décidé de reporter toute initiative jusqu’à ce que les décisions des Chambres fédérales soient connues, poursuit Thierry George. Le coût d’une remise à l’état initial serait à assumer par la collectivité publique.» Une position attentiste qui a déjà été vivement débattue au sein du Conseil communal.
Mais au fond, la diminution des risques d’accidents ne prévaut-elle pas sur tout le reste? «D’après les statistiques fournies par Sécurité Riviera et la Direction générale de la mobilité et des routes, cet axe n’est pas classé comme accidentogène», répond Thierry George.
L’édile précise par ailleurs que la Commune n’a pas eu l’autorisation d’ajouter des éléments tels que des ralentisseurs, cette route étant «aussi réservée aux trafics exceptionnels». «Enfin, concernant la validation des passages piétons, cette dernière est de compétence cantonale, avec des règles bien précises de distance de visibilité et du nombre d’usagers aux heures de pointe.»
