
La pelleteuse avait dévalé la pente sur plusieurs dizaines de mètres. Son conducteur en avait été éjecté. | SESE
Une pelle mécanique qui bascule dans le vide et qui dévale une pente de plusieurs dizaines de mètres. Son machiniste éjecté et gravement blessé. Que s’est-il passé, le 25 mars 2024, pour que ce spectaculaire accident se produise aux abords du viaduc de la Baye de Clarens? Plus d’une année après, le Service suisse d’enquête de sécurité (SESE) livre ses conclusions.
Il est environ 18 heures en ce premier lundi de printemps. Dans le cadre de la réfection de l’ouvrage ferroviaire, une pelleteuse est occupée à transborder du béton liquide dans un «dumper», un véhicule doté d’une benne. Opérant à l’entrée du pont côté Chamby, les deux engins sont dotés d’un système qui leur permet de circuler tant sur les routes que sur les voies ferrées. À ce moment-là, les machines étaient en mode «rail», le dumper placé juste derrière la pelleteuse.
Particularité ici: l’espace en amont de la voie était insuffisant pour que le bras articulé de la pelle puisse effectuer ses rotations. Le machiniste était contraint de tourner côté aval, par-delà le parapet du pont, pour prélever le béton avant de le déposer dans le dumper. «Lors de la deuxième rotation, alors que le godet était rempli et au-dessus du vide, la pelle a basculé en contrebas du mur de soutènement, relate le rapport. Après plusieurs tonneaux, elle s’est immobilisée dans le lit de la rivière.»
Deux vis manquaient
Interrogé par le SESE, le conducteur de la pelleteuse a expliqué avoir ressenti – juste avant le basculement de son engin – comme un effet «d’affaissement des voies sous sa machine». Selon les enquêteurs, cette secousse correspondrait au déboîtement d’un vérin stabilisateur, une pièce qui permet de bloquer l’essieu. «Si le vérin a lâché lors de la rotation de la tourelle, une roue a pu être délestée et cela a pu provoquer un effet dynamique sur la pelle, initiant son basculement», explique l’enquêteur Philippe Thürler.
Soit. Mais ce n’est pas tout. Après avoir examiné la carcasse de l’engin de 22 tonnes, le service a pu établir que le vérin défaillant était mal fixé, et ce déjà avant que l’accident ne se produise. Alors que cette pièce aurait dû être maintenue à l’aide de quatre vis, elle ne tenait plus que grâce à… deux vis. Où étaient donc les deux autres?
Selon les enquêteurs, il est probable que ces dernières se soient desserrées d’elles-mêmes. La cause? La plaque d’acier dans laquelle elles étaient vissées: pas assez épaisse. «Normalement, cette plaque n’aurait pas dû mesurer 2 cm d’épaisseur, mais 3 cm», souligne Philippe Thürler, qui évoque un «défaut de conception».
À la suite de ces conclusions, l’Office fédéral des transports a averti les détenteurs de ce modèle. Une quinzaine de machines similaires seraient en service en Suisse.
Bientôt au travail
Contactée, l’entreprise propriétaire de la pelleteuse souligne que l’accident n’a aucun lien avec un éventuel manque d’entretien. Selon son directeur d’exploitation, la perte des deux vis a dû avoir lieu «peu de temps» avant l’événement. «Rien en tout cas n’a été remarqué lors du dernier contrôle.»
À noter qu’une instruction pénale est toujours en cours. Quant au machiniste, un Portugais de 43 ans, son retour au travail est «proche», informe son employeur.
