Une rentrée de gagnée, en espérant pour la suite

Après celle de lundi, les parents et élèves de Corbeyrier auront droit à une autre rentrée l’été prochain. À ce stade, la fermeture de l’école est repoussée à la rentrée 2028/2029. La suite? Tout semble lié aux travaux sur le collège d’Yvorne.  | K. Di Matteo

Corbeyrier
Le destin de la dernière classe robaleuse reste lié aux travaux sur le collège d’Yvorne qui ont «heureusement» pris du retard. Dans la cour, on savoure et on y croit.

Emile et Marius sont les premiers à arriver. Les deux enfants bondissent de la carriole à l’arrière du vélo de Tiphaine, la maman. Les suivants déboulent au pas de course et en hurlant. Pas le temps de se sauter dans les bras que Sofia, la nouvelle arrivée, distribue des cartons d’invitation d’anniversaire pour fin août. Dans la cour de l’école de Corbeyrier, le silence total a cédé la place à de joyeuses retrouvailles. Une rentrée scolaire normale, quoi!

D’autant plus normale qu’il est fort probable, et même vraisemblable, qu’elle ne soit pas la dernière, comme les parents auraient pu le craindre il y a quelques mois, quand la nouvelle est tombée: la classe, à neuf élèves cette année, est en sursis. Dite «à degrés multiples» (tous les élèves de la 1 à la 4P étant réunis dans un seul effectif), elle est une exception vaudoise que le Département de l’enseignement et de la formation professionnelle a annoncé vouloir fermer pour «descendre» les enfants à Yvorne. Tant la Direction des écoles que le Canton invoquent un effectif insuffisant, mais aussi des arguments «pédagogiques et sécuritaires». 

La «bonne nouvelle» dans la cour d’école, c’est que la fermeture définitive reste conditionnée aux travaux qu’Yvorne doit effectuer sur son collège. Or, ceux-ci ont pris du retard, comme le confirme la nouvelle municipale des écoles d’Yvorne, Séverine Tissot. «À ce stade, notre objectif serait de pouvoir débuter le chantier en juillet 2027, pour une durée permettant une réouverture du collège rénové et opérationnel à la rentrée d’août 2028.»

Une question de démographie

Il y aura donc au moins une rentrée supplémentaire et parmi les parents le soulagement est palpable. 

Tiphaine Guinault, mobilisée dès les premières heures pour réunir les bonnes volontés et ne pas accepter la fermeture comme un état de fait, n’a jamais douté. Après les pétitions, prises de position de la Commune et les interventions de députées de la région au Grand Conseil, elle se dit même «très reconnaissante». «J’ai l’impression qu’on a vraiment été entendus.»

Bénédicte Piana en est moins convaincue, admet-elle en laissant Louis rejoindre ses camarades, tandis que Mathias attend son heure dans la poussette. Fera-t-il sa première rentrée à Corbeyrier? «On y croit, on y croit, lance le papa, Julien Suter. Bon, c’est dans trois ans…»

Autant dire que rien n’est moins sûr à ce stade, mais les parents veulent rester positifs. Pour François Anex, papa de Julia, «le facteur démographique reste déterminant». Tiphaine approuve et se réjouit de l’arrivée, effective ou à venir, de nouvelles familles au village. «La classe pourrait compter 12 enfants l’an prochain», calcule-t-elle. Suffisant?

Les parents robaleux comptent sur un autre atout: la montée d’élèves d’Aigle. Pauline Alter a fait le pas avec Mathilde. «Je préfère la voir dans une ambiance de village. Par ailleurs, dans les classes d’Aigle, il y a trop d’enfants.» 

Olga et Alexandre Degros arrivent pour leur part de Haute-Savoie. «Je suis tombée amoureuse de ce village», explique-t-elle. Son époux ajoute une motivation «éducative»: «Un effectif plus raisonnable et la possibilité d’apprendre plusieurs langues.»

Il est 8h20, le moment est venu de faire la petite photo de rentrée pour l’article: la maîtresse a demandé de pouvoir lancer la nouvelle année scolaire à l’heure.