Vevey continue à se battre comme un lion

Lanterne rouge du classement en Promotion League, les joueurs du Vevey Sports ont livré du beau jeu face à Bulle le 16 mai.  | A. Sulik

Football
En Promotion League, les Vaudois se sont inclinés d’un rien samedi contre Bulle, après avoir mené au score. Condamnés à la relégation depuis belle lurette, ils restent toujours aussi motivés. Exemplaire.

Samedi au stade de Copet, Edin Becirovic, l’entraîneur de Vevey, frustré d’avoir perdu de justesse (2-3) ce derby contre Bulle auquel il tenait tant, s’en prend ouvertement à l’arbitre. «Vous avez tout sifflé contre nous, ignoré un penalty flagrant.» De même, ses joueurs quittent le terrain amers. Ils menaient encore après une heure de jeu, et une victoire aurait récompensé leur détermination sans faille et cloué le bec aux mauvaises langues. L’épilogue est rageant.

Les joueurs de la Riviera, qui accusent aujourd’hui pas moins de 25 points de retard sur les avant-derniers Lausanne M21, sont condamnés à la relégation depuis des mois. Récemment, ils ont encaissé plusieurs cartons humiliants, 7-1 à Brühl, 7-0 au Grand-Saconnex, 8-1 face aux M21 de Zurich. 

Non payés, bon nombre de joueurs ont choisi de quitter le navire. Mais ceux qui sont restés se battent comme des lions, comme on l’a vu samedi 16 mai, nullement démobilisés, admirables de ténacité, la tête haute. Intenable sur sa ligne de touche, l’entraîneur Becirovic les galvanise, les applaudit, les engueule. Motivé comme jamais, il est très fier de son équipe. «Il n’y a plus rien dans ce club, mais nous, on bosse, on est heureux d’être ensemble, on se bat, on est en train de faire quelque chose de bien.» Et d’ajouter: «Aujourd’hui, c’est moi qui ai déboursé les 1’250 francs pour les arbitres, sinon le match n’aurait pas eu lieu.»

De même, les joueurs y sont allés plusieurs fois de leur poche pour payer les déplacements aux quatre coins de la Suisse, Lugano, Bâle, Saint-Gall.

Un club ayant perdu
son éclat

Une attitude exemplaire, magnifique au sein d’un club criblé de dettes et où tout ou presque, en dehors d’eux, part à vau-l’eau. Le président Fatlind Rama vient de démissionner et mercredi prochain une assemblée générale extraordinaire est convoquée. 

À Copet tout respire la désolation: la buvette sous les tribunes est fermée, la caisse principale aussi. C’est le papa d’un joueur, autour d’une petite table en plastique, qui s’occupe des entrées. Des ultras, hier si nombreux et bruyants, il n’en reste qu’une petite dizaine éclusant des bières dans leur coin sans prodiguer le moindre encouragement.

Samedi, la tribune principale était pourtant bien garnie avec quelque 200 spectateurs, dont la plupart venus de la Gruyère voisine. Malgré l’évidente supériorité technique des Bullois, les Veveysans ont bien résisté, avant d’encaisser un premier but sur penalty, juste avant la mi-temps. Dès la reprise pourtant, dans une précipitation rageuse, les locaux ont réussi à renverser le score en marquant deux fois à la 55e et à la 64e. Leurs cris de joie ont résonné dans tout le stade, ils se sont congratulés comme s’ils avaient gagné la Coupe du monde. 

Leur dernière victoire remonte au 15 novembre dernier contre Bâle M21. Malheureusement, deux buts encaissés – dont un auto-goal – dans le dernier quart d’heure les ont brutalement ramenés sur terre.

Des joueurs remarquables

Personnifiant ce Vevey si courageux et son union sacrée, le latéral Rejan Thaci (22 ans), dégage une énergie débordante, infatigable, au four et au moulin 90 minutes durant. Né à Lausanne, il est revenu de son Kosovo d’origine et a signé à Vevey cet hiver, sans se douter de ce qui allait arriver. Il ne regrette pourtant rien, tant il vit malgré tout une belle aventure collective. 

«Certes, le maintien est tombé à l’eau, il y a beaucoup de tensions extra-sportives, mais moralement, on tient le coup, on rigole bien ensemble à l’entraînement, on préfère vivre cela avec le sourire, on est comme une famille.» Enfant du coin, formé à Vevey, le stopper Filip Zuvic (22 ans) est le dernier rescapé de la belle ascension en Promotion League fêtée en juin 2024. 

Depuis l’euphorie s’est transformée en bérézina. «Plusieurs fois après des défaites fleuve, je me suis dit: <Cette fois, c’est fini, j’arrête.> Et puis je suis revenu sur ma décision, car on continue à prendre du plaisir entre nous à l’entraînement. Et il y a plus grave que le foot dans la vie.» Et d’ajouter, néanmoins: «Je suis quand même fatigué de tout ce qui arrive ici. La saison prochaine, je vais passer à autre chose.»

Héroïque samedi, le gardien Premtim Gashi (25 ans) a multiplié les arrêts miraculeux et retardé l’échéance. Une seule fois, durant cette saison maudite, il a craqué face à ces claques à répétition. C’était lors du 8-0 encaissé à Kriens le 11 avril. «À 4-0, à la mi-temps, je n’en pouvais plus, je suis sorti.» Depuis pourtant, il a repris sa place dans la cage veveysanne. «On a tous la même passion du foot, c’est pour ça qu’on continue», conclut-il avec un grand sourire, malgré cette énième défaite.

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