Vevey-Sports nomme un nouveau président pour éviter la faillite

Le club de la Riviera tient son nouveau président, il s’agit de Fatlind Rama, un entrepreneur collombeyroud de 29 ans.  | DR

Football
Fatlind Rama, un jeune entrepreneur de 29 ans, a été nommé ce lundi à la tête du club par une assemblée extraordinaire. Cyril Cornu, l’actuel président, a choisi de partir tout comme l’entraîneur Jean-Philippe Lebeau qui a pourtant maintenu l’équipe en Promotion League.

Avec Cyril Cornu comme président et Jean-Philippe Lebeau comme entraîneur, Vevey-Sports, néo-promu en Promotion League, a réalisé une première saison admirable, malgré les difficultés économiques.

Non payés depuis le début de l’année, huit joueurs ont préféré s’en aller, mais les autres ont fait bloc autour de leur entraîneur et ont assuré avec brio le maintien en finissant huitièmes sur 18 équipes. Un comportement exemplaire dans un sport où l’argent prévaut souvent sur tout le reste.

Pourtant la crise persiste et le club, malgré la réussite sportive, est plus que jamais menacé de faillite. Lundi, la buvette de Copet affichait complet pour une assemblée extraordinaire des membres destinée à une «proposition de changement de présidence». Démissionnaire, Cyril Cornu y a fait un inquiétant état des lieux avec à ses côtés son potentiel successeur, Fatlind Rama, l’homme providentiel capable apparemment de sauver la situation. 

Des joueurs bientôt payés ?

Ce jeune Suisse d’origine albanaise habite à Collombey. À 29 ans, il dirige plusieurs sociétés dans l’immobilier et la construction. Il s’est engagé à «amener l’argent qui manque», autrement dit à investir, selon les bruits, les quelque 150’000 francs nécessaires pour éviter la faillite. Pour cela, il bénéficie de l’appui de plusieurs partenaires. 

Ancien junior d’Aigle et de Bex, le Chablaisien est mordu de foot depuis l’enfance. Face à l’assemblée, il a déclaré vouloir à l’avenir miser sur les jeunes, le vrai capital du club et il a promis aux joueurs actuels d’être payés tout prochainement «afin de pouvoir partir en vacances l’esprit serein». Les 74 membres de l’association l’ont plébiscité à une quasi-unanimité. «C’était ça ou mourir», résumait Cyril Cornu. «Je dois être le plus jeune président du foot suisse», plaisantait quant à lui Fatlind Rama.

Un proche du club, parfaitement au courant de ses coulisses, estime que miser sur les jeunes de la région plutôt que sur les mercenaires des dernières saisons, constitue le seul moyen d’assurer la survie du club. «Même à ce niveau, des joueurs gagnaient ici jusqu’à 3’000 frs par mois, ce n’est pas possible. À Vevey, on a besoin de gars de la région qui mouillent le maillot pour le club.»

Ayant succédé à William von Stockalper en septembre dernier, Cyril Cornu sera donc resté moins d’une année à la tête du Vevey-Sports. Il s’en va en espérant ainsi sauver le club. «Personne ne m’a demandé de rester et je préfère me sacrifier. Le comité est allé chercher quelqu’un pouvant apporter rapidement des liquidités.» Le désormais ex-président estime avoir hérité d’une situation financière bien pire qu’il ne l’imaginait. «Je savais que tout n’était pas clean, mais je ne pensais pas à une dette de quelque 200’000 francs. Tout le monde était au courant et fermait les yeux. J’ai réussi à la stabiliser.» Le manager a été bluffé par l’attitude des joueurs qui même sans salaire n’ont rien lâché. «Ces gars-là méritent de continuer à jouer à ce niveau et c’est ce que je leur souhaite à tous.»

Le retour de Metin Karagülle

Malgré un parcours parfait qui l’a vu en une année et demie faire monter l’équipe en Promotion League, puis assurer le maintien dans des conditions si compliquées, l’entraîneur Jean-Philippe Lebeau a, lui aussi, décidé de quitter le navire avec un sentiment d’injustice. «On ne m’a donné aucune garantie de contrat pour la saison prochaine. Tout est en mouvement dans ce club, c’est pourquoi j’ai choisi de partir, malgré ce que j’estime être un bilan très positif.» Et d’ajouter, amer: «Oui, je suis très déçu pour moi, le staff, les joueurs. Dans ma carrière, j’ai toujours travaillé dans la continuité, je suis par exemple resté 18 ans à Meyrin, mon club précédent. Ici, à Vevey, on était en train de construire quelque chose de bien. Les joueurs ont travaillé d’arrache-pied, et j’ai donné le maximum. Maintenant, tout tombe à l’eau à cause de la mauvaise gestion…»

Selon la rumeur, son successeur pourrait être un certain Metin Karagülle, propriétaire d’une grande carrosserie à Collombey et bien connu dans le foot régional, puisqu’il a entraîné entres autres Bex, Aigle, Monthey et actuellement l’US Collombey-Muraz en 2e ligue interrégionale (lire ci-dessous). En outre, il a l’avantage de connaître la maison veveysanne où il a été entraîneur assistant en 1re ligue.

Contacté le matin de l’assemblée, il ne cachait pas son intérêt pour la mission. «Il y a tout pour bien faire à Vevey et l’équipe en Promotion League est à sa juste place.» Dans sa carrière, il a toujours fait émerger les talents locaux. À Monthey, c’est lui qui avait lancé trois joueurs aujourd’hui au top en Super League, Benjamin Kololli à Sion, Steve Rouiller à Servette et Chadrac Akolo à Saint-Gall. «Ma passion a toujours été de travailler avec les jeunes.» Il pourrait en faire de même à Vevey, comme le souhaite le nouveau président.