Vevey-Sports pas encore sorti d’affaire

Les Vaudois ont dû s’avouer vaincus à domicile contre de solides Argoviens.  | asproduction.ch / Vevey-Sports

Football
Malgré une défaite contre Baden samedi (0-1), l’équipe de la Riviera a assuré son maintien en Promotion League. Le club reste pourtant en danger financièrement et son entraîneur pourrait s’en aller.

Les Jaune et Bleu jouaient leur dernier match à domicile de la saison ce samedi contre les Argoviens de Baden. Euphorique ces dernières semaines, Vevey-Sports avait – contrairement à son adversaire du jour – déjà assuré son maintien avec panache, en engrangeant notamment 10 points lors des quatre matches précédents. Néo-promue, la formation de la Riviera s’était même hissée à une très belle sixième place au classement de la Promotion League. 

Une performance d’autant plus remarquable que les joueurs, en raison des difficultés financières du club, ne touchent plus leurs salaires depuis le début de l’année. Huit sont partis, les autres, loin d’abandonner, ont créé une sorte d’union sacrée autour de leur entraîneur Jean-Philippe Lebeau et n’ont peut-être jamais aussi bien joué que dans ces circonstances si particulières. 

Sous haute tension

Le 11 vaudois arrive en Copet dans une atmosphère surréaliste. Routes bloquées, présence de dizaines de policiers, le stade ressemblait presque à un stade européen prêt à accueillir un derby. Pourtant, sur le papier, ce duel semblait apparemment anodin. La situation est tout autre. Au match aller, les ultras de Baden avaient bloqué le car des supporters veveysans pour en découdre et la police avait dû recourir à des gaz lacrymogènes. Le dispositif de samedi était donc destiné à éviter de nouveaux incidents. La trentaine de fans argoviens, torses nus, ont vécu le match derrière de hauts grillages spécialement installés. Comme pour montrer l’exemple, les deux équipes, elles, ont fait preuve d’un fair-play exemplaire sur le terrain. Chaque fois qu’un joueur se retrouvait à terre, un adversaire se précipitait pour le relever. 

En première mi-temps, on a mieux compris pourquoi Vevey a été si performant récemment tant son emprise sur le match a été totale, avec un jeu à une touche orchestré par l’excellent Joris Correa. Deux fois les poteaux de Baden ont tremblé. Le scénario s’est pourtant inversé en deuxième période. Avec l’énergie du désespoir, les Argoviens ont jeté toutes leurs forces dans la bataille. Seules les parades à répétition du gardien remplaçant veveysan Michel Fohouo ont retardé l’échéance, avant que la défense ne plie à la 83e minute. Les Argoviens ont explosé de joie. Ils l’emportent sur le plus petit des scores.

Au coup de sifflet final, le capitaine du jour Marvin Louisius ne cachait pas sa fierté malgré la défaite. «Nous aurions pu faire grève, mais nous nous serions pénalisés nous-mêmes. Nous avons montré que ce n’est pas l’argent qui nous motive. Ce que nous avons réussi tous ensemble est assez fou.» Resté en tribune, le capitaine et gardien habituel, Nicolas Grivot (31 ans) partageait le même sentiment. «Je suis dans le foot pro depuis une quinzaine d’années en France et en Suisse. Et paradoxalement, c’est de cette saison dont je me souviendrai toute ma vie. Au-delà du foot, nous avons vécu une magnifique histoire humaine.» Dès juillet, il l’annonce déjà, il ira s’installer au Sénégal pour y mener des projets immobiliers et créer une académie de football. 

Incertitudes financières

Cette défaite 1-0 est anecdotique pour le nouveau président. En fonction depuis l’automne dernier, Cyril Cornu n’imaginait pas retrouver un club en difficultés financières lors de sa reprise. Et aujourd’hui, malgré ses efforts et ceux du comité, la situation ne s’est pas vraiment améliorée. «Les dettes du passé ne sont pas résolues, même si on y travaille. Des portes se sont ouvertes, mais sans garantie, lâchait-il en fin de rencontre. On attend, on vit dans l’incertitude, on ne sait pas où on en sera dans deux ou trois mois.»

Malgré cela, Cyril Cornu restait positif après ces 90 minutes. Il a été bluffé par l’attitude exemplaire qu’ont eu les joueurs en pleine tempête. «Bien au-delà de l’argent, ils ont remis le sport au centre. Ce qu’ils ont accompli tous ensemble est colossal. Ils nous ont donné une belle leçon.» À ses yeux, Jean-Philippe Lebeau y a joué un rôle primordial. «Il les a encouragés, rassurés, portés.» Malheureusement, à son corps défendant, le président s’est résigné à libérer le coach de ses obligations. «Une décision pas agréable à prendre, mais je l’ai fait par honnêteté envers Jean-Philippe. Rester ou non, c’est à lui de choisir. Comme pro, il vit du football et il a désormais la possibilité de trouver autre chose.» 

Un avenir flou

Après ce qui restera peut-être son dernier match à Vevey, on a senti un Jean-Philippe Lebeau ému. «Je suis très fier de ce groupe qui n’a rien lâché. Je crois être un leader humain ouvert aux autres et j’ai réussi à emmener les gars avec moi.» Contacté par téléphone ce lundi, ce dernier ne semblait pas encore fixé sur son proche avenir. «Je ne sais pas si je serai encore là la saison prochaine, pour l’heure, tout reste flou.»

Jusqu’à nouvel avis, le sort des joueurs de la Une, et de leur entraîneur, reste donc toujours en suspens. Avant cela, il leur reste encore un tout dernier match ce samedi à Breitenrain. Les Veveysans tenteront de faire le plein de points pour s’assurer une qualification pour la Coupe de Suisse (ndlr: pour se qualifier, il faut finir dans les 7 premiers du classement, hors équipes M21. Vevey-Sports est actuellement 7e, avec une équipe M21 devant elle: le FC Bâle à la 4e place.)

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