«Vous êtes tous capables de ne pas respirer»

Avant de se mettre à l’eau, Phil Simha débute par des exercices de respiration et d’éveil corporel, afin de se mettre dans de bonnes conditions pour l’apnée.  | N. Desarzens

Plongée en apnée
En plein essor dans la région, l’interruption volontaire du souffle favorise la relaxation et la gestion du stress. Reportage à la Gouille du Duzillet pour une initiation en eau libre.

«Nous allons commencer par nous échauffer en prenant de profondes inspirations pour bien remplir nos poumons.» À quelques pas de l’eau, l’instructeur Phil Simha guide les quatre participants de cette journée d’initiation. «Enfant du Grand Bleu», l’apnéiste aime amener cette pratique au grand public. 

Après la cage thoracique, c’est ensuite au tour de nos oreilles de se faire masser, afin d’activer le système ORL. Nous prenons notre temps avant d’enfiler nos combinaisons et de glisser dans l’eau. Une manière de nous préparer mentalement à nous détendre tout en retenant notre souffle.

Depuis l’ouverture de cette école à Villeneuve il y a huit ans, l’engouement pour la discipline s’accentue. «Aujourd’hui, nous n’arrivons plus à répondre à la demande, glisse Phil Simha lors du trajet jusqu’à St-Triphon. Chaque année, nous avons une augmentation de 20 à 30% de fréquentation lors de nos stages.» Le problème? La capacité d’accueil des piscines ne suit pas. 

Prendre le temps de souffler

Parmi les nageurs du jour, tous sont des adeptes de la plongée sous-marine, ce qui n’est par ailleurs pas un critère de participation. Curieuse de cette technique, Lauriane Genoud a voulu découvrir cette autre manière de plonger (voir encadré). «Lors de l’étape statique, j’ai ressenti un déclic. Grâce aux exercices de respiration, je me sens ensuite super bien dans mon corps. Je pense que ça peut clairement aider en cas de soucis physiques ou psychologiques.»

À 69 ans, Patrick Tioutrine aime varier les plaisirs. Habitué de la plongée avec bouteilles, le Neuchâtelois apprécie l’aspect méditatif de cette pratique. Et d’ajouter avec malice: «On m’a dit que bien oxygéner le cerveau, cela permettait d’éviter Alzheimer!»

Avant de se mettre à l’eau, l’instructeur Phil Simha prend le temps de rappeler des notions fondamentales. «L’apnée nécessite beaucoup de patience. Le corps doit apprendre petit à petit à réagir au manque d’oxygène. Nul besoin de se presser.» Le risque, si l’on veut favoriser la performance sans l’expérience, c’est de faire une syncope. D’où la nécessité de ne jamais être seul dans l’eau. 

Discipline mentale

Dans une société où l’on entend souvent: «Je n’ai pas le temps de souffler», l’apnée permet de travailler des mécanismes physiologiques pour réapprendre à respirer. «La performance n’est pas l’aspect intéressant, confirme Phil Simha. C’est surtout le bien-être qui en résulte.»

«En apnée, je ne suis pas dérangée par le bruit induit normalement par le détendeur qui délivre l’air de la bouteille. Je profite donc encore plus de la plongée et des bruits étouffés. Je suis vraiment dans l’instant et cela me calme énormément», enchaîne Églantine, une plongeuse de La Chaux-de-Fonds. Avant de mettre un pied dans la gouille, l’apnéiste encourage les plongeurs: «Vous êtes tous capables de ne pas respirer!»

Descendre dans la zone des 10 mètres de profondeur ne nécessite pas de prérequis. «En y allant très tranquillement, la descente se fait en 30 secondes environ. C’est largement à la portée de tout le monde. Le tout en fournissant un minimum d’effort», précise Phil Simha. Une fois à nouveau à la surface, il ne faut pas oublier de prendre trois bonnes inspirations de récupération, afin de restaurer le bon taux d’oxygène dans notre corps. 

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Initiation en trois étapes

statique consiste en une série d’exercices d’échauffement et de respiration, à l’image d’une méditation guidée. «C’est le seul sport où tu peux t’allonger sans rien faire et affirmer que tu t’entraînes», déclare tout sourire Phil Simha.

Puis vient l’apnée dynamique, soit la mise en mouvement. Un palier franchi en piscine, où l’on apprend à maîtriser la technique de palmage pour se déplacer, «avec la grâce d’une sirène ou comme un gros maquereau», glisse Phil Simha.

Finalement, c’est l’apnée en eau libre, ce qui nous ramène à notre expérience du jour. Objectif? Apprendre à descendre en profondeur, dans la zone des 10 mètres.

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