Voyage pictural envoûtant et déroutant au Musée Jenisch

Frédéric Cordier, «Flux 1», 2020, linogravure sur papier vélin.  | ©Frédéric Cordier

Vevey
Aquarelles monumentales et estampes minutieuses. Depuis le 1er mai, l’œuvre de deux artistes contemporains, le Zurichois Uwe Wittwer et le Suisso-Canadien Frédéric Cordier, noue un dialogue inédit.

Des paysages urbains et industriels, gravés point par point et creusés patiemment dans le sillon de plaques de linoléum. Ces grands tirages sont impressionnants de précision. Ils laissent au spectateur une impression complexe entre la beauté des images et le malaise qui en émane, résultant d’une fascination critique pour l’emprise de l’humain sur la nature.

Cette première exposition monographique de l’artiste suisso-canadien Frédéric Cordier né en 1985 au sein d’une institution muséale présente une dizaine de grandes estampes, déployant des paysages aux détails vertigineux. Ce plasticien formé à l’ECAL/École cantonale d’art de Lausanne est allé chercher son inspiration du côté de sa ville natale, Montréal, où il a trouvé matière à créer ses «Panoramas». 

Triturer la mémoire collective

Le musée accueille également la première exposition monographique d’importance sur le territoire romand consacrée à l’artiste zurichois Uwe Wittwer né en 1954. Si celui-ci bénéficie d’une grande renommée tant en Suisse allemande qu’à l’international, il mérite que la francophonie découvre son travail. Une œuvre ancrée dans la mémoire visuelle collective. 

D’une étrangeté troublante, ses altérations de l’image par des effets de flou, recadrages, changement de focale ou mise en place d’obstacles visuels questionnent et interrogent la manière dont on perçoit les images et se les remémore. Depuis les années 1990, le peintre réalise ses compositions par le biais de l’appropriation, la transformation et la déconstruction d’images préexistantes, puisées dans l’histoire de l’art, le cinéma, la photographie et les archives.

À l’instar d’un investigateur, Uwe Wittwer sonde les archives et exhume les fragments d’un passé souvent dérangeant, confrontant les zones sombres de notre histoire telles que l’héritage colonial suisse, les destructions patrimoniales ou encore la Seconde Guerre mondiale.

À noter: l’impressionnante série Widerschein (ndlr: reflet en français) qu’Uwe Wittwer a réalisée à partir de reproductions de tableaux de maîtres, détruits lors de l’incendie en 1945 de la Flakturm Friedrichshain à Berlin. Il se dégage de ses œuvres une sensation forte d’inachevé, l’impression d’avoir approché des fantômes, comme une inquiétude sourde qui attire et dérange tout à la fois. 

Plus d’infos:
museejenisch.ch

L’exposition d’Uwe Wittwer «Avant que le verre ne cède» est à voir jusqu’au 9 août. «Mécanique du paysage» de Frédéric Cordier à voir jusqu’au 16 août. Jusqu’au 23 août pour «L’odyssée» de Kokoschka. 

 

Odyssée lithographique

Au premier étage, dans le pavillon permanent consacré à Oskar Kokoschka (1886-1980), l’on découvre qu’en plus de peindre, dessiner et écrire des récits en prose, des pièces de théâtre et des essais, l’artiste autrichien a également réalisé de nombreuses lithographies. «L’odyssée» de Kokoschka démontre sa passion pour l’Antiquité. Une part essentielle de son œuvre tardive est ainsi dévolue à l’illustration des grands textes antiques, et «L’Odyssée» d’Homère devient l’un de ses projets les plus ambitieux. Âgé de 77 ans, il se retourne sur sa vie, traversée par deux guerres mondiales et l’exil. L’artiste voit des parallèles entre sa vie errante et celle d’Ulysse. Ses lithographies sont ici dévoilées selon la chronologie de l’œuvre d’Homère.