Yvorne va louer toutes ses vignes communales

Le village d’Yvorne et une partie du vignoble.  | DR

Changement majeur
L’une des dernières Communes à gérer de A à Z son domaine viticole abdique, faute de moyens. Elle mettra en location ses 6,3 hectares de vignes.

La Municipalité d’Yvorne a pris la décision de renoncer à gérer le domaine communal des vignes. Cette résolution entrera en force au terme de l’année viticole 2026, la Commune étant liée jusque-là par convention à Régie des Domaines Schenk pour l’exploitation de l’ensemble de son domaine; à l’exception du Clos de l’Ombren.

«Elle louera alors la totalité des surfaces à un ou plusieurs fermiers. La procédure de sélection de ces derniers interviendra courant 2025, avec l’aide d’un mandataire spécialisé», relaie Edouard Chollet. Le syndic précise «qu’il sera tenu compte du cas particulier de notre dernier vigneron-tâcheron, Claude Perotti, dont le départ à la retraite est fixé en 2032».

Avec 6,3 hectares, soit 4% des 154 que compte le connu et reconnu vignoble d’Yvorne, le domaine de la Commune n’a finalement que la taille d’une exploitation familiale. Ses parcelles, héritées ou acquises au cours des ans, font évidemment la part belle au Chasselas, roi des cépages vaudois.

Mais la Commune a aussi joué la carte de la diversité. Pinot noir et un assemblage de cépages rouges sont à la carte. Les vins communaux sont régulièrement primés. Comme avec une médaille d’or au Mondial de Bruxelles, et un 3e rang au dernier Grand Prix du vin suisse. Son Clos de l’Abbaye est classé grand cru. Son vigneron-tâcheron fraîchement retraité Jean-François Franceschini  fut – cas unique – deux fois couronné roi lors de la Fête des Vignerons.

«Une des dernières»

Dans la foulée de son choix de louer à des tiers, l’Exécutif annonce qu’il résiliera les contrats de mandat et/ou de travail des autres acteurs du domaine au terme des travaux de cave et de commercialisation du millésime 2026. Il fera démanteler les infrastructures qui seront mises en vente, dans la mesure du possible. «Cette décision de ne plus exploiter n’est pas non plus exceptionnelle. Nous sommes une des dernières communes viticoles vaudoises à gérer son propre domaine de A à Z, de l’entretien des parcelles jusqu’à la vente des vins», tempère Edouard Chollet.

Dans la commune voisine d’Aigle, qui possède environ 9 hectares, on fait différemment comme l’explique le syndic Grégory Devaud. «Nous avons des contrats de tâche avec des vignerons-tâcherons indépendants qui exploitent pour nous. Ce sont huit familles qui sont aussi propriétaires de leurs propres parcelles, en général 3 à 4 hectares. C’est un plus pour eux, et bien sûr aussi pour notre Commune. Nous vendons notre récolte en blanc à Badoux et le rouge aux Celliers du Chablais.» Les vignerons-tâcherons ont un statut spécial dans le canton de Vaud, ils sont «indépendants-salariés»

Les raisons d’Yvorne sont multiples. «L’Exécutif a été confronté à des défis considérables avec le décès prématuré du municipal des vignes, Alain Bassang, très investi dans l’activité de promotion et de vente, et le départ à la retraite de Jean-François Franceschini.»

Selon un professionnel vuargnéran de la branche, «il y a longtemps que l’on parle de louer les vignes. Il me semble que cela avait été évoqué au Conseil communal. La gestion complète du domaine est historique et il y avait aussi un côté sentimental à continuer à le faire. Mais il y a aussi l’aspect financier…».

«Compte tenu notamment de la baisse linéaire ces 40 dernières années de la consommation, exploiter totalement nos vignes pourrait nous coûter plus que cela nous rapporte. Nous avons budgété ici un manque à gagner de 100’000 francs avec des charges attendues de 600’000 francs», résume Edouard Chollet, qui estime qu’il faudrait engranger 750’000 francs annuels, pour aussi pouvoir mener les investissements nécessaires, comme un nouveau pressoir et la rénovations des caves vieillissantes. «Et bien sûr, amortir le tout.»

Un autre interlocuteur estime quant à lui «que sur le plan financier, c’est une bonne nouvelle pour le ménage communal. Le fermage apportera des revenus de loyers constants. Par ailleurs, la Municipalité a bien fait de prendre rapidement sa décision de manière à se préparer à cette importante transition».

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