Un garage atypique qui oeuvre à la réinsertion sociale

Un professionnel donne des instructions à l’un des jeunes en formation. À droite, le patron du garage, Etienne Perez-Rejon. / Photo : C. Jenny

Chailly-Montreux
Etienne Perez-Rejon est un garagiste engagé. Ce trentenaire répare et entretient des voitures, dans son garage du chemin de la Rottaz, mais il fait aussi davantage. Avec ses mécaniciens, il aide une dizaine de jeunes qui cherchent leur voie en vue d’une insertion

Le patron, en plus d’être garagiste, est également MSP (maître socio-professionnel). Il a suivi une formation spéciale, étalée sur trois ans, pour pouvoir accueillir dans son atelier des jeunes qui, pour des raisons diverses, ont une trajectoire de vie semée d’embûches. Ces stagiaires ou apprentis s’initient à la mécanique et, pour certains, de suivre une formation complète. 

«Lorsque je n’étais que mécano, j’avais déjà envie de partager les facettes de mon métier avec les autres. Et comme, de par mon parcours personnel, j’ai toujours été habité d’une fibre sociale, j’ai souhaité en faire profiter des jeunes qui n’ont pas la possibilité de suivre une formation standard», explique ce Blonaysan au cœur d’or. Il a ainsi décidé d’ouvrir son propre garage d’abord à Villeneuve, puis à Chailly.

Après d’autres formes d’accompagnement et sa formation de MSP, il a convaincu l’Office cantonal de l’AI de signer un partenariat lui permettant de former des jeunes aux travaux d’un garage. «Ça n’a pas été facile de prouver le bien-fondé de ma démarche, mais depuis 2021, je suis agréé comme formateur avec un contrat officiel. Et actuellement, les six employés fixes du garage Resocar (Reso pour réseau social) accompagnent une dizaine de stagiaires et d’apprentis. «L’idée de principe est de leur permettre de découvrir ce métier, durant une durée limitée. Ensuite, avec leur répondant de l’AI, nous cherchons à ce qu’ils puissent trouver une activité ailleurs» explique le patron.

L’exemple de Kim, l’apprentie
Les jeunes que nous avons rencontrés lors de notre passage sont à l’évidence heureux d’apprendre tout en étant mis en valeur. Et certains vont même jusqu’au bout de leur formation. Comme Kim, une jeune femme qui arrive au terme de sa troisième année d’apprentissage et qui va prochainement passer ses examens finaux.

«Les apprentis suivent les cours normalement et, du fait que les pros prennent le temps qu’il faut pour bien leur inculquer toutes les notions du travail de mécanicien, non seulement ils suivent bien, mais ils sont même en avance!» se réjouit Etienne Perez-Rejon. C’est aussi avec fierté qu’il nous présente Alexandre, dans le garage depuis un an et demi, et qui souhaite à son tour entreprendre prochainement la formation de MSP, tant il apprécie d’accompagner les autres.

Deux collègues MSP au féminin
Le patron est entouré de deux femmes, Nathalie Oguey et Océane Buchs, qui sont également MSP et œuvrent au bureau. Ce sont elles qui gèrent tout le volet administratif de ce garage atypique, et donnent aux jeunes également un bagage pour leur apprendre des tâches aussi diverses qu’établir un CV pour postuler ailleurs ou faire de la facturation. Ces deux femmes disent aussi apprécier d’œuvrer dans un tel cadre: «Il faut juste d’abord bien se connaître soi-même pour pouvoir aider les autres».

Les jeunes adresseront une requête tantôt auprès de la plus âgée des deux MSP féminines ou iront vers la plus jeune. Un garage qui fonctionne un peu comme une famille. Tout en assurant le même sérieux qu’un garage standard car toutes les tâches sont contrôlées par les professionnels. Et Etienne Perez-Rejon est tellement content de la formule qu’il l’a duplifiée dans un autre garage, à Bulle, où il remplit le même rôle de MSP mais en ayant confié la responsabilité professionnelle du garage à une autre personne.

 

Une voiture spéciale pour un rallye spécial

Au moment où ces lignes paraîtront, Etienne Perez-Rejon, accompagné d’un ami, seront sur le point de gagner le sud de l’Espagne, puis Tanger pour participer à un rallye en boucle d’une semaine et 2000 kilomètres au sud du Maroc. 

Un rallye humanitaire qui sera composé de 90 véhicules de toute l’Europe, uniquement des VW Golf d’anciennes générations. La voiture du duo vaudois a été entièrement préparée au garage Resocar de Chailly. Elle a belle allure et a été évidemment un peu adaptée aux exigences d’une conduite dans le désert. Les jeunes employés dans le garage ont contribué activement à la préparation de ce véhicule spécial, décoré d’enseignes de sponsors. Et de prénoms de personnes chers à Etienne Perez-Rejon qui se réjouit de vivre cette expérience: «c’est une première pour moi et nous allons emporter un important matériel – jouets, matériel scolaire, etc. – que nous avons récolté et que nous distribuerons au fil des étapes». 

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