
À Noville, la situation hydrogéologique particulière n’est pas à prendre à la légère lors de constructions souterraines. | L. Menétrey
Difficile d’y échapper. En longeant la route d’Évian, au niveau du quartier En Novallette, nul besoin d’ouvrir les fenêtres pour qu’une odeur désagréable vous attrape les narines. Cela sent… les œufs pourris. L’origine est à chercher sous terre. Plus précisément du côté des nappes phréatiques. «Cette odeur provient du rejet temporaire d’eaux souterraines issues d’un pompage réalisé dans le cadre d’un chantier privé», détaille Florence Dapples, cheffe de division à la protection des eaux à l’État de Vaud.
Lors de la construction d’une cave privée, une machine de chantier s’est renversée malencontreusement et a percé la nappe phréatique, libérant ces émanations issues de matières organiques en décomposition et de soufre. Sans jeter la pierre à l’entreprise, le syndic Pierre-Alain Karlen rappelle que le phénomène n’est pas inédit. «Les seuls qui n’ont jamais eu de problème sont ceux qui n’ont pas excavé! Ici, on sait qu’il faut être particulièrement prudents lors des chantiers, mais on n’est jamais totalement à l’abri», assure-t-il.
Si les odeurs liées à la nappe phréatique relèvent presque du cas d’école dans la commune, en particulier En Novallette, cela s’explique par les conditions hydrogéologiques singulières de Noville. Son altitude moyenne est la plus basse de tout le canton, et le quartier en question en constitue le point le plus bas. Située en zone alluviale – héritée de l’ancien delta du Rhône – et encerclée par le Léman et le fleuve, la commune repose sur des sols où l’eau s’accumule facilement et s’écoule lentement. Résultat: la nappe est élevée et proche du sol.
«Personne ne s’affole ici»
Du côté des riverains, la situation est prise avec du recul. «Qu’est-ce que vous voulez que l’on fasse? On a l’habitude. Quand ils purinent c’est pire, on n’ouvre plus les fenêtres, mais ça ne dure que 24 heures, alors que là, ça fait presque un mois», lance une Novilloise.
Les gérants du restaurant de L’Étoile, au chemin du Battoir, se disent épargnés. «Heureusement, ça ne vient pas jusqu’ici. Mais c’est vrai qu’on est contents d’habiter plus loin», explique Caroline Roch. «Des clients pensent à un problème d’égouts. Nous, on sait parce qu’on est ici depuis longtemps», ajoute Benoît Roch. De plus, l’été, les champs sont parfois irrigués avec cette eau soufrée pompée de la nappe. «Les Novillois sont habitués, personne ne s’affole ici», lance le syndic.
Inoffensif
Si les nuisances olfactives sont indéniables, elles ne présentent toutefois aucun risque. «C’est sans danger, précise Florence Dapples. Ces rejets n’ont par ailleurs pas d’impact sur la faune piscicole du canal.»
Quant à la durée de ces désagréments, le syndic rassure. «Une fois que la dalle du rez sera coulée et le trou comblé, ce sera de l’histoire ancienne.» Ces relents devraient se dissiper au début de l’année prochaine. «Heureusement, c’est la dernière construction dans ce quartier puisqu’il n’y a plus de parcelle à bâtir après. Il fallait finir en beauté!», conclut Pierre-Alain Karlen avec humour.
