« L’émotion de cette découverte a été vraiment forte ! »

Sébastien Freudiger, directeur pour la Suisse d’Archeodunum Investigations Archéologiques SA, lors de la journée portes ouvertes sur le chantier des fouilles de la villa romaine à Bex, en novembre dernier.  | I. Eymann, Archeodunum

Bex
Le chantier qui a mis au jour les vestiges d’une villa romaine s’est officiellement achevé ce vendredi. Archéologue présent sur les lieux et Bellerin d’origine, Sébastien Freudiger relate cette découverte majeure.

«Grande émotion», «enrichissement extraordinaire de l’histoire de Bex», «découverte d’une ampleur rare», «exceptionnel». Les termes emphatiques ont fleuri le mois dernier à l’occasion du dévoilement au public de vestiges remarquablement conservés d’une villa romaine datée a priori entre la fin du IIIe et le Ve siècle de notre ère (voir édition 229, 19 novembre 2025). 

Derrière ce chantier rare mené sur le site du futur EMS La Résidence Grande-Fontaine, un bureau d’archéologie, Archeodunum Investigations Archéologiques SA. Basée à Cossonay, la société a pour directeur pour la Suisse Sébastien Freudiger… fils de l’ancien pasteur bellerin Marc-André Freudiger. 

Sébastien Freudiger, quelle a été votre première réaction à la découverte de ces vestiges? Était-ce celle de l’archéologue ou celle du Bellerin? 

– Je pense que ça a été celle de l’ancien Bellerin. On a eu quelques opérations à Bex ces dernières années, mais elles n’ont jamais été très concluantes. Là, enfin, c’était le cas. Et comme il s’agissait en plus de l’époque romaine, soit celle que j’ai particulièrement étudiée à l’Université de Lausanne, j’y ai éprouvé un intérêt tout particulier. 

Vous avez pu sentir lors de l’ouverture du chantier au public qu’il y avait une vraie émotion du côté des locaux.

– Oui, c’était incroyable. Le public se montre généralement intéressé lors des portes ouvertes, mais là, on a eu l’impression que les gens étaient particulièrement sensibles aux découvertes faites sur leur commune. Il y avait une émotion que l’on ne sent pas forcément dans les plus grandes villes. À Bex, c’était vraiment fort. 

Quel était votre rôle dans ce dossier?

– Je m’efforçais de faire des visites le plus régulièrement possible, mais l’essentiel de mon travail se faisait depuis les bureaux. Sur place, c’est Lucien Raboud qui était responsable du projet. Ce qui est sympathique, c’est qu’il a lui aussi des accointances avec Bex, puisque son père y a longtemps habité et que son frère est un ami d’enfance. Il y a une sorte de communauté de passé bellerin.

Ce genre de découvertes est-il rare dans une carrière d’archéologue?

– Trouver une villa romaine, ce n’est pas si rare que cela, mais ici la particularité, c’est qu’elle date d’une période – le Bas-Empire, où l’on sent déjà un peu le déclin de cette civilisation romaine – pour laquelle on a peu d’occurrences de ce type de villas. Et on l’a quasiment en intégralité sur la surface du projet. 

Cela pourrait révolutionner ce que l’on connaît de l’histoire de Bex…

– Cela va en tout cas amener un jalon très important de cette histoire pour une période jusqu’ici très mal connue. Pour l’époque romaine, il n’y a quasi rien; cela repose sur un texte du 6e s. de l’évêque Marius d’Avenches. Cette découverte pourrait donc être un chaînon manquant entre l’Antiquité, que l’on connaît bien du côté de Massongex et Saint-Maurice, et ce que l’on connaît de Bex au tout début du Moyen Âge. 

Croyez-vous que cette villa romaine pourrait être la fameuse Villa Bacchis qui aurait donné son nom à Bex?

– On aimerait voir la Villa Bacchis à cet endroit. Mais en tant que scientifique, il faut toujours être prudent. Le seul moyen de pouvoir le dire à 100%, ce serait de découvrir l’inscription avec un nom, ce qui n’a pas été le cas. Mais peut-être y aura-t-il suffisamment d’indices pour que l’on puisse dire que c’est probable. 

Et sur le fait que l’on exploitait peut-être déjà le sel à cette époque-là?

– Il faut être encore plus prudent avec cette hypothèse qui n’a pour l’heure aucun fondement matériel. On aurait envie de faire le lien, mais les indices sont trop ténus pour être affirmatifs dans ce sens.

Une étude détaillée des éléments découverts va maintenant être faite et les vestiges seront détruits. Pourquoi ne peut-on pas les conserver?

– La loi sur l’archéologie protège le patrimoine, mais quand on dit protéger, cela veut dire protéger par la documentation. Si on ne conserve pas les vestiges, c’est parce qu’il y a énormément de sites dans le canton de Vaud et si on le faisait systématiquement, cela mettrait un frein au développement. Il y a une pesée d’intérêts qui se fait. 

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