« Il ne s’agit plus seulement d’acheter un livre, mais de vivre une expérience »

À 31 ans, Clémence Praz, à La Fontaine depuis trois ans, prendra la gérance de la librairie veveysanne le 1er janvier.  |  Collet

Librairies
Clémence Praz prendra la gérance de La Fontaine à Vevey le 1er janvier, avec l’ambition d’en faire un lieu d’échanges et de multiplier les synergies culturelles. Le Chrono’page à Aigle pratique également ce virage commercial stratégique.

À la veille de Noël, «La Maison vide» de Laurent Mauvignier, couronné par le Prix Goncourt, «Kolkhoze» d’Emmanuel Carrère, Prix Médicis, ou encore «Le secret de Thyrcée» de la Vaudoise Aline Desarzens, plébiscité par le public de la RTS, figurent parmi les livres que l’on s’apprête à glisser sous le sapin.

Alors que le pouvoir d’achat reste sous pression, le livre conserve sa place de cadeau privilégié, à la fois culturel et accessible. Cependant, certaines librairies se réinventent pour séduire le public. Elles multiplient événements, rencontres et ateliers, et transforment leurs commerces en véritables lieux de vie.

Attirer un public plus jeune

À La Fontaine, Clémence Praz a progressivement mis en place cette stratégie. Libraire à Vevey depuis trois ans, la jeune femme de 31 ans succédera à Pablo Thuler à la gérance le 1er janvier prochain. «À l’avenir, avec l’équipe de La Fontaine, nous souhaitons mettre l’accent sur les rencontres autour de la littérature suisse, qu’il s’agisse de romans, de bandes dessinées ou de livres jeunesse», détaille la Boléande.

«Face à la vente sur Internet, très compétitive, il ne s’agit plus seulement pour les clients de venir acheter dans un commerce, mais d’y vivre une expérience et de se retrouver», poursuit la libraire, qui souhaite recréer du lien entre les habitants à une époque où les écrans occupent une place prépondérante.

La trentenaire s’efforce d’attirer un public plus jeune, consciente que La Fontaine a plus de 50 ans et que certains clients historiques disparaissent avec le temps. Elle constate toutefois une présence croissante de jeunes lecteurs, heureux de retrouver un lieu où ils peuvent échanger avec des libraires et découvrir une sélection contemporaine, en phase avec les grandes questions de société.

En 2025, la librairie a ainsi organisé deux à trois événements par mois, y compris hors les murs, notamment avec le Musée Jenish. «Nos deux réseaux fonctionnent ensemble et permettent de toucher un public plus large, de créer une synergie culturelle», souligne Clémence Praz.

Pour les années à venir, elle espère collaborer davantage avec les acteurs culturels, ainsi qu’avec les commerçants et créateurs locaux. «Cette émulsion, où nos initiatives respectives contribuent à attirer du monde à Vevey et à rendre la ville culturellement attractive, est essentielle pour que la librairie, comme tout autre commerce, puisse survivre dans un contexte économique difficile.»

Solidarité entre commerces

Ouverte en septembre 2023 à Aigle, la librairie Le Chrono’page, gérée par Pauline Paccolat et Justine Vasseur, mise sur une stratégie similaire. Depuis un an et demi, les deux jeunes femmes proposent en moyenne une activité par mois, à l’exception de juillet et décembre. Le programme privilégie les dédicaces d’auteurs locaux, ainsi que des ateliers, quelques conférences et des animations destinées au jeune public. 

«On propose aussi bien des activités classiques de librairie, comme les dédicaces, que des initiatives qui sortent du cadre, à l’image d’une journée en collaboration avec le Cinéma Cosmopolis ou d’une autre avec la Ludothèque», explique Justine Vasseur. La libraire anime également des cours d’écriture, seule activité payante du programme.

Une synergie s’est également développée avec les autres commerces aiglons. La librairie collabore par exemple avec la droguerie voisine, qui proposait cette année des parfums inspirés de l’univers «Harry Potter». Livres et produits ont été exposés en écho dans les deux échoppes. 

D’autres partenariats ont également vu le jour, notamment avec une lunetterie, autour d’ouvrages destinés à sensibiliser les enfants au port de lunettes. «Travailler ensemble fait sens, et les clients apprécient de voir cette solidarité entre commerces», conclut Justine Vasseur. 

À La Fontaine, plusieurs événements sont déjà programmés pour 2026. À ne pas manquer: le lancement de «Viens Élie» (éditions de Minuit), premier roman du jeune auteur suisse Jonas Sollberger, le 9 janvier à 18h, suivi le 22 janvier de la présentation de «La belle affaire» (éditions Favre) par l’autrice locale Laurence Voïta, de La Tour-de-Peilz.