Un autre Roger cartonne aussi raquette en main

Roger Baumann a reçu le mérite de «sportif vaudois de l’année en situation de handicap».  | DR

Tennis
Champion suisse de tennis en fauteuil roulant et élu «sportif vaudois de l’année en situation de handicap», le Corsalin Roger Baumann boucle une saison réussie. Rencontre.

Roger Federer et Rafael Nadal se sont livré des matches mythiques sur les courts du monde entier. Dans le tennis suisse en fauteuil roulant, amusante coïncidence, les duels au sommet opposent aussi un Roger et un Raphaël: le Biennois Raphaël Gremion (no1) et le Corsalin Roger Baumann (no2). 

Ce dernier a d’ailleurs toujours admiré son célèbre «homonyme» bâlois. «Avec la pureté de ses gestes, Federer était simplement beau à voir jouer!», relève ce tennisman de 46 ans qui a perdu l’usage de ses jambes en 2011, lors d’un accident de parapente. 

Au Masters de 2024 (les huit meilleurs Suisses), Roger Baumann a enfin réussi à vaincre le signe indien en battant son éternel rival Raphaël, invaincu depuis cinq ans et contre lequel il restait sur une bonne dizaine de défaites. «J’ai pris 6-0 au premier set, puis j’ai marqué un point et je me suis totalement libéré, se remémore-t-il. À la fin, Raphaël m’a félicité, car ma victoire le remotivait après une si longue domination.» Les deux joueurs entretiennent une très bonne relation et s’entraînent ensemble quelques fois par année à Bulle. 

Cette victoire, conjuguée à une excellente saison 2025, a valu au citoyen de Corseaux de recevoir au début du mois, lors de la cérémonie récompensant les meilleurs athlètes vaudois, le prix du «sportif en situation de handicap». «Une belle reconnaissance, un accomplissement!», témoigne le champion suisse.

«On fait corps avec notre chaise!»

Roger Baumann a participé à douze tournois cette année, dont la moitié à l’étranger, et il est désormais aux portes du top 100 mondial. Son meilleur classement? 104e en juillet. De quoi rêver à une participation aux prochains JO paralympiques de Los Angeles? «Non, lance-t-il sans hésiter. Entre moi et les 40 premiers qualifiés d’office, il y a un monde de différences.» 

Alors que son coup droit constitue sa grande force, son revers reste selon lui perfectible. Longtemps trop fébrile au service, il a réussi à le corriger avec l’aide d’un coach mental. «J’avais parfois le bras qui tremblait au moment de lancer la balle, il m’est arrivé de faire 15 doubles fautes lors du même match, mais maintenant j’ai appris à mieux gérer la pression.»

Le maniement de la chaise est bien sûr primordial sur le court. «Sans cesse en mouvement, on doit être explosif, capable de changer de direction à tout moment.» Réalisées sur mesure pour chaque athlète, les chaises sont spécialement adaptées pour le tennis. «Les roues inclinées à 20% facilitent le pivotement. Pour éviter les chutes, les chaises sont équipées d’un système anti-bascule à l’arrière et on est attachés au pied, au genou et à la hanche. En soit, on fait corps avec la chaise!», sourit Roger Baumann. Sa dernière, il l’a récemment acquise grâce à la Fondation suisse pour paraplégiques et l’Association suisse des paraplégiques qui ont pris en charge son coût de 11’000 francs. «On est très bien soutenus en Suisse», reconnaît le Corsalin. 

Faire de son handicap une force

Le 11 août 2021, après avoir réalisé quelques figures en parapente au-dessus de Villeneuve, Roger Baumann a mal évalué son altitude et s’est écrasé dans l’eau à près de 80 km/h, au lieu d’atterrir sur la plateforme d’atterrissage.

«Dans l’eau, je n’avais pas mal, j’avais juste peur d’être ridicule. Mais au moment où les sauveteurs m’ont hissé sur le bateau, j’ai ressenti une douleur atroce, comme un coup de couteau dans le dos.» Il n’est ressorti de la clinique de la Suva à Sion que six mois plus tard. 

Loin de se plaindre, Roger Baumann estime que ce handicap lui a, au contraire apporté une forme de stabilité dans une période difficile de sa vie. «Je cherchais ma voie. Je venais de voyager dix mois seul avec mon propre bus, après avoir multiplié les boulots dans différents domaines. Mes études en génie mécanique à l’EPFL avaient duré deux semaines et 3 jours… Or, le handicap m’a ouvert des portes et m’a permis de rencontrer des personnes inspirantes. Au final, j’ai appris à mieux m’aimer!» Sans oublier l’équilibre que lui apporte le sport. «J’en fais bien plus que lorsque j’étais valide.» 

Le quadragénaire a aujourd’hui une triple activité dans sa vie professionnelle; il crée des sites Internet, anime des ateliers de développement personnel et donne, dans les écoles et les entreprises, des conférences de sensibilisation au handicap. «Mon accident, j’ai dû le raconter 100 fois, sourit-il. Je parle de tout, sans gêne, ni tabou. Y compris de mon intimité.» 

Par rapport à sa vie d’avant, Roger Baumann regrette toutefois une forme de «spontanéité et de légèreté». «Dans cette situation, vous devez tout planifier à l’avance, savoir si un endroit est adapté ou non avant de vous y rendre…» Être un simple anonyme dans la foule lui manque aussi parfois. «Comme handicapé, vous ne passez pas inaperçu, on vous regarde comme une fille avec des cheveux rouges. Mais je m’accepte comme je suis.» 

Loin de se décourager du regard des autres, il ne manque pas d’objectifs ambitieux pour 2026. Roger Baumann souhaite conserver son titre de champion suisse face à son rival et ami Raphaël, et aussi intégrer le top 100 mondial.

GALERIE