
En tant que régisseur général, Vincent Villard doit comprendre les besoins et les envies des groupes, afin d’établir une feuille de route et un horaire le plus détaillé possible. | M. Ducrest
«Je suis presque là, attends encore juste deux petites minutes et je suis à toi!» Il est midi, et le chef d’orchestre des coulisses donne quelques indications à son équipe avant de s’éclipser un instant pour répondre à nos questions. «Excuse-moi, je dois prendre cet appel… C’est le fournisseur de la table de mixage pour John Legend.»
Planqué à l’arrière-scène du Stravinski, tout un petit monde s’organise pour accueillir le vocaliste américain, précédé de la star du South London Joy Crookes, ce jeudi 9 juillet.
En tant que régisseur général – production manager dans le jargon, Vincent Villard doit comprendre les besoins et les envies des groupes avant leur venue à Montreux, afin d’établir une feuille de route et un horaire le plus détaillé possible.
Son objectif? «Faire en sorte que le public et les artistes vivent la meilleure expérience.» Une préparation minutieuse et une bonne collaboration avec les équipes techniques des musiciens sont donc essentielles pour assurer le bon déroulement de la préparation scénique. Lumières, table de mixage ou encore enregistrement vidéo: tout doit être organisé en amont, avec des contraintes temporelles. Chaque artiste a donc un créneau horaire défini, l’Auditorium Stravinski accueillant plusieurs groupes chaque soir.
Tous les artistes sont traités de manière égalitaire. Un exemple? Le 15 juillet, la chanteuse-rappeuse israélienne Noga Erez montera sur les planches avant l’artiste new-yorkais Moby. «La scène doit être vide pour Noga Erez. On ne va pas stocker du matériel de Moby, même si cela nous arrangerait dans l’absolu, car c’est pénible de tout déplacer. Mais cela permet de garantir un accueil similaire.»
Plongée dans l’arrière-scène
À la tête d’une équipe d’une cinquantaine de personnes, le Parisien d’adoption depuis plus de 20 ans est tenu de faire respecter le tempo. Montage, marquage au sol, soundcheck, concert, démontage: le travail doit être millimétré au préalable.
Autre défi de taille: s’accorder avec l’équipe technique des artistes. «Mon job est de négocier avec ces derniers, car la salle ne peut parfois pas accueillir tout le matériel qu’ils souhaitent. Puis, je dois m’assurer que le courant passe entre mes techniciens et ceux des groupes, afin que tout se déroule dans les meilleures conditions.»
Et de rappeler la capacité limitée du Stravinski, «qui ne représente que 10% d’un petit stade de foot». «Je dois donc leur expliquer les limites et le potentiel de cette salle. La réputation et la qualité d’accueil du festival me facilitent heureusement la vie, car les musiciens savent que l’on fait tout ce qu’on peut.»
Gérer les imprévus
Cela fait plus de 30 ans qu’il s’investit chaque année dans les coulisses du festival. Alors le «Strav’», il le connaît «par cœur». De l’équipe son jusqu’à la régie générale, le musicien neuchâtelois est passé par tous les départements. Si l’écrin de la salle mythique n’a pas beaucoup changé depuis les rénovations, un détail fait toute la différence cette année: le nouveau monte-charge à l’arrière-scène. «Nous avons dû nous battre pour obtenir 20 centimètres supplémentaires sur la largeur. Désormais, nos risers (ndlr: praticables à roulettes) peuvent y être chargés. Cela nous change la vie pour monter et démonter la scène.»
Ses journées s’égrènent avec un compte à rebours au-dessus de la tête. Et les imprévus font presque partie intégrante de cette course contre-la-montre. Le concert d’ouverture de cette 60e édition n’y a d’ailleurs pas échappé. «La planification était déjà ultra serrée, et j’apprends que deux camions transportant la scène de Raye sont coincés au Bouveret, en raison des éboulements. Le montage de la scène a dû s’effectuer avec plus de 12 heures de retard. Mais on y est parvenus, avec le résultat que l’on connaît!»
En 30 ans de festival, Vincent Villard est une force tranquille. Une qualité par ailleurs saluée parmi le personnel. «Même s’il est parfois impossible d’avoir des informations claires de la part de certains musiciens, comme leur heure précise d’arrivée ou leurs besoins techniques, qui sont des informations cruciales, la situation se débloque toujours le jour J.»
