
Avec ses perles du Léman, nul besoin d’huîtres! Jean-Loïc Selo ressuscite un artisanat séculaire en utilisant la nacre de féras. | DR
«Ma grand-mère, qui a travaillé à bord de l’Helvétie, m’a fait aimer le lac en m’emmenant à bord des bateaux CGN depuis tout petit.» Outre cette attache particulière au Léman, Jean-Loïc Selo a aussi grandi aux côtés de deux tantes perlières à Saint-Gingolph. Il a presque «naturellement» fini par se faire rattraper par l’appel de la nacre. Cela fait cinq ans aujourd’hui qu’il a relancé la filière dans le village franco-suisse, faisant ainsi renaître un procédé remontant au XVIIIe siècle.
Sur les rives lémaniques, nul besoin d’huîtres, mais de poissons du lac. Et plus spécifiquement d’écailles de féras. «Comme une huître, nous fabriquons les perles tranquillement et sans solvant!», image le Gingolais d’origine. La fine couche de matière brillante des écailles est utilisée pour la fabrication de ces larmes d’Aphrodite.
À l’autre bout du fil, le fondateur des Perles du Léman nous lance d’ailleurs qu’il vient de recevoir de la nacre, «toute fraîche du pêcheur». «À chaque fois, je suis émerveillé! C’est une matière absolument magique!» Dès réception de ce liquide irisé, l’ingénieur chablaisien doit tout de suite le conditionner, afin de fixer la brillance. «Au contraire du gardon, l’odeur de la féra est douce. Au nez, cela ressemble à du concombre, avec une touche de poivre.»
Avec un atelier de confection situé au sein du château, surplombant les eaux du lac, la contemplation du paysage fait partie intégrante de la confection. «Cette sérénité lacustre se retrouve jusque dans les perles, poursuit-il. Tout comme les teintes aquatiques.» Un éclat particulier qui attire d’ailleurs les marques de haute couture, comme de haute joaillerie, loin à la ronde. Discrétion oblige, aucun nom ne sera révélé ici.
Une recette bien gardée
Des perles artificielles, mais de fabrication artisanale, donc. Autrefois nommée l’Essence d’Orient, ces écailles, qui recèlent de la guanine, sont ainsi macérées dans une solution aqueuse, chauffée d’alcool et d’ammoniaque. Un mélange qui vient recouvrir par couches successives des perles de verre, appelées «noyaux».
Dans les années 1920, les touristes raffolaient de cet artisanat confectionné dans la cité chablaisienne. Un siècle plus tard, cet artisanat séculaire a été relancé, suscitant un engouement grandissant.
Aujourd’hui, les Perles du Léman utilisent leur propre bain de nacre. «Sans recette ni archive, j’ai fait plus d’un millier de tests pour trouver la bonne méthodologie, retrace Jean-Loïc Selo. Il a fallu ensuite améliorer la formule, qui, au départ, n’offrait pas une matière assez résistante ni assez scintillante. Notre objectif était de réaliser la plus belle perle.»
Ce travail d’orfèvre a été récompensé par un «Léman de Cristal» l’été dernier – un prix qui met en lumière des «figures éminentes» qui se sont distinguées dans le domaine environnemental et transfrontalier autour du Léman.
Trésor du lac, la nacre gingolaise réserve encore des surprises chatoyantes: on nous glisse qu’un sérum de beauté ou encore un gin à base de nacre sont en cours d’élaboration. Les écailles de poissons nous réservent encore bien des surprises…
Plus d’infos:
Il est possible de visiter la fabrique des perles au sein du Château de Saint-Gingolph, sur rendez-vous du mardi au samedi.
