«Nos systèmes sont adaptés à la chaleur, mais ça ne suffit plus »

Professeure à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut WSL (Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage), Martine Rebetez estime qu’il faut agir sur l’isolation et les systèmes énergétiques des bâtiments, ainsi que sur la mobilité pour réduire le réchauffement.  | DR

Fortes chaleurs
La Suisse est frappée par sa troisième vague de canicule de l’année. Et d’autres épisodes sont probablement encore à venir, selon Martine Rebetez. La climatologue de Granges-Veveyse fait figure d’experte sur les enjeux climatiques. Interview.

Martine Rebetez, nous enchaînons canicule sur canicule cette année. Est-ce une surprise pour vous?

– Non, car c’était annoncé depuis longtemps. Le lien est direct avec l’augmentation des gaz à effet de serre et sa conséquence, l’augmentation des températures. La vitesse à laquelle nous avons ajouté du CO2 dans l’atmosphère, à partir des années 90, a beaucoup accéléré le phénomène. Les gaz à effet de serre restent dans l’atmosphère, ils se cumulent année après année. Ce que l’on ne pouvait pas prévoir par contre, c’était l’ampleur à laquelle les sociétés humaines allaient accroître leur consommation d’énergie fossile.

Devons-nous nous préparer à vivre avec des périodes de canicule de plus en plus intenses et fréquentes?

– Avec le réchauffement, les canicules seront en effet de plus en plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Les extrêmes augmentent bien davantage que la moyenne des températures. Avec une conséquence très directe: la sécheresse des sols provoquée par l’air plus chaud, comme si on utilisait un énorme sèche-cheveux. Autre conséquence: nous espérons évidemment de la pluie, mais elle risque de plus en plus de venir sous forme de violents orages, avec un risque de grêle accru, alors que la nature aurait plutôt besoin d’une petite pluie régulière.

Comment peut-on agir à court terme pour mieux vivre avec ces chaleurs?

– Il faut se protéger soi-même, protéger les autres, notamment les personnes vulnérables, faire fonctionner l’entraide, ce qui marche heureusement bien dans nos régions. C’est dans le domaine du travail qu’il y a encore beaucoup à faire. Nos systèmes sont bien adaptés à la chaleur, mais aujourd’hui, on ne peut plus se limiter à ça, il faut notamment autoriser des tenues plus légères, et modifier au besoin les horaires de travail. On parle beaucoup des chantiers, mais il y a de nombreuses autres branches où il faudrait agir, pas seulement les métiers à l’extérieur, aussi ceux à l’intérieur.

Et du côté des collectivités publiques, quelles actions devraient-elles prendre?

– Les Cantons et les Villes sont actifs, notamment au moyen de leurs Plans climat, et nous recevons de plus en plus de sollicitations pour des conseils, ce qui est bon signe. Pour réduire le réchauffement de manière conséquente, elles doivent agir en premier lieu sur l’isolation et les systèmes énergétiques des bâtiments, mais aussi sur la mobilité qui est en Suisse le secteur d’émissions le plus important. Il faut sortir au plus vite de la dépendance au pétrole. Les véhicules électriques ne produisent pas de chaleur, pas de pollution de l’air et font beaucoup moins de bruit, alors que les véhicules thermiques utilisent 80% de leur énergie pour produire de la chaleur et seulement 20% pour se déplacer. Il faudrait aussi convaincre nos concitoyens de moins utiliser l’avion, car c’est toujours une source importante d’émissions dans notre pays. Le véritable problème, c’est qu’aujourd’hui les intérêts économiques autour du pétrole restent énormes…