Au château de Glérolles, le vin est roi depuis des siècles

La tour du Château de Glérolles a été érigée vers 1150 par l’évêque de Lausanne. Le corps central a ensuite été construit dès le XIVe siècle par ses successeurs.  | L. Menétrey

Saint-Saphorin
On poursuit notre série d’été consacrée aux châtelains de la région. Au pied des vignes de Lavaux, la forteresse cultive un lien indissociable avec la viticulture. Rencontre avec Alain Barraud, intendant et habitant des lieux.

«L’histoire de ce château a toujours été mêlée au vin. On n’arrive pas à dire avec certitude depuis quand, mais on estime que c’est depuis le départ», affirme d’emblée Alain Barraud. À peine arrivés devant cette imposante bâtisse en pierre aux volets et à la porte rouges, notre hôte donne le ton. 

La visite prend aussitôt la direction du sous-sol. Ici, tout ramène à la vigne. Les bouteilles de Chasselas et de Pinot noir des caves du Château de Glérolles, produites par les Frères Dubois, garnissent les rayonnages, tandis que la fraîcheur des murs de pierre offre un contraste saisissant avec la canicule extérieure. «Dans cette pièce, on a souvent 4-5 degrés de moins que dans un appartement», sourit notre guide. 

Entouré des coteaux de Lavaux, le Château de Glérolles semble avoir grandi avec les ceps qui l’enserrent. Édifié au XIIIe siècle, à la même époque que celui de Chillon, il repose, lui aussi, sur un unique rocher. «On le surnomme d’ailleurs le Petit Chillon», glisse l’intendant. Si le Château de Glérolles compte une superficie de 5’000 m², il possède un domaine viticole sur les terrasses saint-saphoriennes de près de 6 hectares, où divers cépages continuent d’être cultivés. 

Des lieux connus depuis tout petit

La visite se poursuit à la salle du Guillon, dont les murs sont ornés de peintures représentant le monument au fil des époques. Son nom fait référence au petit bouchon de bois servant à obturer les tonneaux et les cuves. C’est dans cette pièce qu’est née, en 1954, la Confrérie du Guillon, dont la mission est de promouvoir les vins et les vignobles vaudois (voir encadré). 

Alain Barraud, notamment conseiller de ladite confrérie, a posé ses valises ici il y a plus d’une dizaine d’années. À la tête d’une entreprise de construction, il est le descendant d’un arrière-grand-père vigneron. En 2012, le Vaudois prend en charge la promotion des vins de la maison et quitte la sienne à Pully pour venir s’installer avec son épouse et leurs trois enfants dans l’un des appartements aménagés au sein du château. 

Si le changement de cadre de vie s’est fait naturellement pour le couple, l’expérience a été tout autre pour les enfants. «On leur avait demandé de ne pas forcément dire qu’ils vivaient dans un château, pour éviter les réactions disproportionnées de leurs camarades. Mais le premier jour d’école, le fils de l’ancien syndic l’a annoncé devant tout le monde», rigole encore le châtelain. 

Le couple Barraud entretient pourtant un lien bien plus ancien avec ces vieilles pierres. Car avant d’y emménager, Alain et son épouse s’y étaient déjà retrouvés… sans le savoir. À deux ans et demi, tous deux participaient à un mariage organisé dans les jardins et jouaient dans la fontaine. «On était bambins… et aujourd’hui, on est à nouveau là, à 50 ans!», sourit-il.

Une ancienne bourgade romaine

L’histoire du site remonte bien avant la construction du château. En 563, un raz-de-marée dévaste l’ancien village de Glérolles, qui renaîtra plus tard sous le nom de Saint-Saphorin. Seul le château porte encore le nom de la bourgade romaine victime de la catastrophe, Glerula, qui vient du mot latin glarea signifiant gravier ou gros sable. 

À cet emplacement, l’évêque de Lausanne construit en 1150 un donjon. Cette tour a été édifiée pour contrôler les rives nord du lac et permettait de percevoir la dîme auprès des voyageurs passant d’un territoire à l’autre. Aujourd’hui, la tour domine encore le site, même si elle a perdu de sa superbe. «À savoir près de la moitié de sa hauteur! Avec le passage du train juste en dessous, les vibrations ont fragilisé la structure et il a fallu la raccourcir», détaille Alain Barraud. 

En complément à cette tour, les évêques suivants vont œuvrer dès 1300 à la construction du corps central du château. Lors de la conquête du Pays de Vaud par les Bernois en 1536, l’édifice tombe entre les mains de ces derniers avant de revenir propriété des Vaudois en 1798. Le château devient ensuite un bien privé en 1803, année de la reprise par la famille Ruchonnet. Puis, en 1977, Maurice Cossy l’acquiert, avant de le remettre à son fils, Francis. Aujourd’hui, le domaine appartient à la société pulliérane Patrimoine Pierre .

Au plus près des rénovations

Fort de son expérience dans la construction, Alain Barraud n’est pas uniquement intendant. Il supervise aussi l’entretien du bâtiment, tandis que le reste des tâches sont confiées à des entreprises spécialisées. «Ce château a longtemps été une ruine», confie notre homme, avant de nous lister les travaux menés sur ou à proximité de la bâtisse: la toiture a été entièrement refaite dans les années 1980; une importante rénovation intérieure a été réalisée en 2004 afin de moderniser les logements; et les CFF ont rehaussé en 2022 le pont d’accès de 30 centimètres pour permettre le passage des trains à deux étages. 

Mais être l’intendant d’un monument historique, classé objet d’importance cantonale, implique aussi certaines contraintes. Chaque intervention doit être validée par les services compétents. «La mise en œuvre des travaux dure trois fois plus longtemps parce que tout doit être fait dans les règles de l’art. Nous devons consulter chaque service et parfois… les subir, souffle Alain Barraud avant de nuancer: «Mais ce patrimoine mérite d’être préservé comme il se doit!» 

Des duplex et triplex

Aujourd’hui, sept ménages se partagent la bâtisse. Plusieurs duplex occupent le corps central, tandis qu’un triplex a été aménagé dans la tour. «C’est beaucoup d’escaliers», sourit le quinquagénaire. Chaque logement dispose de son jardin privatif et d’une place d’amarrage, tandis que l’accès au lac et la cour intérieure sont communs. 

Alain Barraud et sa famille occupent un appartement de 5,5 pièces. «Les gens ont l’impression que l’on paie des mille et des cents pour le loyer, mais ce n’est pas plus cher qu’un appartement au bord du lac», révèle-t-il. 

À noter que si le château n’est pas accessible au public, la salle des Chevaliers ainsi que le jardin, situés à l’est, sont par contre prévus à la location pour divers événements. L’espoir de pénétrer au sein de la fortesse est donc à portée.

La Confrérie du Guillon, gardienne d’une tradition viticole

Dans la salle du Guillon, une imposante plaque en bois attire le regard. Il s’agit du fond d’un tonneau de vin d’époque transformé en véritable symbole de la Confrérie du Guillon, née entre ces quatre murs. L’oeuvre est ornée de l’écusson, de la date de création, 1954, ainsi que de trois peintures de lieux emblématiques de la région: le Château de Glérolles, les coteaux de Lavaux et le Château de Chillon. Depuis septante ans, ladite confrérie a pour mission de promouvoir les vins et vignobles vaudois. «Cet objet est le lien intemporel entre hier et aujourd’hui», glisse Alain Barraud. À côté, la charte de la confrérie est exposée dans un cadre. On peut y lire cette devise: «Que le vin coule, qu’il ait pouvoir de réunir, de rassembler et que, par lui, l’homme parle à l’homme!»

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