« Fêter Noël, cela permet de raviver le patrimoine familial »

Société
Sapin illuminé, échange de cadeaux, repas festifs, chants ou messe de minuit: le réveillon et la fête de Noël sont révélatrices de traditions familiales et liturgiques. Ces moments de partage se célèbrent différemment d’un pays à l’autre. Une richesse culturelle que l’on retrouve aussi dans nos régions.

Du Japon et ses illuminations spectaculaires aux Philippines et leurs lanternes géantes, des festivités lumineuses de la Sainte-Lucie en Suède aux processions des «Posadas» au Mexique: chaque pays marque la fin de l’année avec des rituels propres à son histoire et à sa culture. 

Selon les derniers chiffres de l’Office des statistiques cantonal, le canton de Vaud dénombre quelque 855’700 habitants, avec une population étrangère représentant plus du tiers de sa population (34%). Fête à la fois unique et multiculturelle, Noël se décline à l’envi. 

Afin de passer le cap de cette année 2025, nous vous proposons un aperçu festif et multiculturel de nos régions. Car de la Veveyse au Chablais, en passant par la Riviera vaudoise, les communautés étrangères tissent des liens singuliers entre leurs pays d’origine et les traditions helvétiques. C’est dans cette optique que trois familles nous ont ouvert leurs portes, pour nous raconter et nous montrer leur Noël.

Noël « so british » sous les tropiques

Une file infinie devant une petite échoppe familiale en plein cœur d’une mégapole indienne. Le trésor en ligne de mire: un «fruit cake», une de ces merveilles de la pâtisserie britannique, dont raffole Sulata Brousoz. «Avec ma famille, nous allions acheter ce gâteau dans une pâtisserie tenue par une famille juive. Cette douceur est confectionnée par des musulmans, puis consommée par des hindous», relate cette Montreusienne d’adoption depuis plus de 20 ans. Une gourmandise typique de Noël à Calcutta, sa ville natale, qui est aussi symbolique de l’interculturalité de la capitale du Bengale-Occidental. Par son histoire coloniale, l’Inde célèbre une fête de Noël empreinte de traditions anglo-saxonnes. Guirlandes lumineuses, messe de nuit, sapin – en plastique au vu du climat tropical de Calcutta – et autres cartes de vœux participent à l’ambiance frétillante de la ville. «Sauf qu’en Inde, tout le monde est dehors! Les gens sortent pour faire la fête le 25 décembre, après être allés à la cathédrale Saint-Paul de Calcutta.»

Rituels chrétiens et prières hindoues

Pour Noël, sur la table de la famille Brousoz, l’on retrouve du biryani – un plat épicé à base de riz, avec de la viande, des œufs ou des légumes. «En Inde, nous aimons encore plus manger durant cette période de l’année. Il y a donc davantage de plats que d’habitude!» Sans oublier le whisky, et la bière – car «c’est la fête!» Si elle a découvert le froid et la neige à son arrivée en Suisse, Sulata Brousoz aime suivre les rituels chrétiens, comme à Pâques ou à Noël. «J’aime être à l’église lors de ces fêtes, pour le partage social et spirituel. Dans notre foyer, nous aimons décorer un sapin et réciter des prières hindoues.» Ses deux enfants sont d’ailleurs baptisés, consciente qu’elle vit dans un pays chrétien. Avec son mari Babu, ils ont souhaité éduquer leur fils et leur fille à la croisée des deux cultures. «L’Inde, c’est mon pays, mes racines. C’est important pour moi de leur transmettre cette partie de mon identité.»

Cultiver des liens avec son pays d’origine

Très investi au sein de l’église catholique, Daniel Pembele trouve important de célébrer ce jour symbolique. «C’est une manière de perpétuer la tradition chrétienne et de cultiver des liens avec mon pays d’origine, la République démocratique du Congo.» Originaire d’un petit village proche de Kinshasa, cela fait plus de 40 ans qu’il vit les quatre saisons en Suisse. Habitant Attalens, ce retraité «actif» aime accueillir toute sa famille pour les Fêtes. À table, l’on retrouve à coup sûr des mets traditionnels. Et une fois les convives repus, on fait de la place pour une ronde bouillonnante de rythmes. Cette période de l’année permet surtout de raviver «le patrimoine familial». Et cette année? «On ne sait pas encore précisément. Nous improvisons beaucoup, vous savez!» Une chose est sûre, la fête sera «totale»: sapin, cadeaux, saveurs congolaises, recueillements et danses, assurément!

Rumba et apostolat

Que ce soit au son grésillant d’une platine vinyle ou aux trémolos tonitruants d’une trompette, la danse saisit et enjaille tous les convives. «Dans mon enfance, les cadeaux n’étaient pas présents, se remémore Daniel Pembele. Noël, c’était surtout l’occasion de faire la fête en famille. Et tout le monde dansait!» Pas de dinde au menu, mais des pièces de cabri, poulet ou bœuf braisées. En guise d’accompagnement: fufu (pâte à base de manioc), riz, banane plantain, patate douce ou igname (tubercule tropical). Avec une population à 70% chrétienne, la République démocratique du Congo accorde une grande importance à la Nativité. «Ayant suivi un cursus scolaire catholique, je suis attaché à la tradition chrétienne.» Loin d’être une célébration mondaine, la fête de Noël est commémorée à l’église, puis en famille. «Ce n’était pas uniquement un rassemblement du cercle proche, mais du clan tout entier! Nous étions facilement une cinquantaine de personnes à nous réunir pour fêter Noël.»

Les mets au cœur des Fêtes

Le réveillon, la famille Tedros le passe chez les grands-parents en Suisse allemande – la femme de Michaël, Martina, étant originaire d’Argovie. Passé le 25 décembre, l’Érythrée s’invite chez eux, à Montreux, s’ils ne sont pas eux-mêmes en Érythrée à la fin de l’année – une période propice pour visiter le pays. Exit rôti ou raclette, au centre de la tablée trône le «zigni», un ragoût cuit lentement dans une sauce avec des oignons hachés et du berberé (mélange d’épices). On retrouve aussi le «kulwa», un émincé de bœuf épicé avec des oignons et des piments verts. Sans oublier la multitude de plats végétariens. Le tout accompagné d’«injera», le pain traditionnel. Des mets concoctés par le couple. «Nous aimons faire découvrir la nourriture et le sens du partage à l’érythréenne!»

Un Noël tout de blanc vêtu

Entre les pâtisseries très sucrées et le rituel du café – qui est presque considéré comme un dessert – le Noël érythréen se distingue par son calendrier orthodoxe. C’est donc le 7 janvier que la famille Tedros célébrera la Nativité, au rythme de percussions et de psalmodies, sans oublier les traditionnels vêtements blancs. «Je détestais ces habits, car il ne fallait surtout pas se salir!», se souvient Michaël Tedros. Que l’on soit musulman, catholique ou orthodoxe, tout le monde fête Noël dans ce pays de l’Afrique de l’Est. «Les fêtes religieuses sont intercommunautaires. Tout le monde venait faire la fête chez nous. Cet esprit de tolérance est incroyable. C’est un aspect culturel que mes enfants apprécient particulièrement.» Né à Halhal, au centre des terres, ce responsable sécurité aux CFF est arrivé en Suisse en 1990. Accueilli dans un foyer pour mineurs, les Fêtes de fin d’année étaient souvent synonymes pour lui de solitude et de tristesse. «J’étais seul avec les veilleurs… J’ai à nouveau apprécié Noël quand nous avons eu nos trois enfants.»

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