
Le géant Merck, dont on voit le Biotech Development Center en arrière-plan, a-t-il encore l’intention de raser la bâtisse séculaire? La question reste ouverte. | R. Brousoz
Elle a échappé à la démolition grâce à une décision de la justice vaudoise. Provisoirement, du moins. Près d’un an et demi après le verdict du Tribunal cantonal, où en est le dossier de l’ancienne laiterie de Fenil? Pour mémoire, l’entreprise pharmaceutique Merck, propriétaire de cette maisonnette datant de 1901, souhaitait la faire disparaître des abords de son nouveau Biotech Development Center sur les hauts de Corsier.
Mais en septembre 2024, la Cour vaudoise donnait raison à des opposants en annulant le permis de démolition délivré par la Municipalité. Le tribunal souhaitait qu’une nouvelle étude soit réalisée par Merck. Objectif? Évaluer les possibilités d’une réhabilitation de l’ancienne laiterie. Aux yeux des juges, la première étude réalisée en 2021 apparaissait comme «lacunaire».
Silence radio
Seize mois après cette décision, la nouvelle évaluation a-t-elle été effectuée par la multinationale? Est-elle en cours? Contactée, l’entreprise Merck «ne souhaite pas commenter la décision cantonale». La Municipalité garde également le silence, considérant la procédure comme encore ouverte.
En octobre dernier, le sujet s’est invité au Conseil communal de Corsier-sur-Vevey. L’écologiste François Rittmeyer, qui figure parmi les plus fervents opposants à la démolition, a déposé une interpellation au nom des Verts et de la gauche. Il partait du principe que la procédure n’était «certainement» plus en cours. «Quelles sont les démarches envisagées par la Municipalité pour assurer le maintien de ce bâtiment?», a demandé l’élu. «Conformément à la séparation des pouvoirs, l’Exécutif est tenu de respecter le processus en cours et ne peut ni anticiper une décision judiciaire ni poser des actes qui pourraient être interprétés comme une ingérence», lui a répondu la syndique Arianne Rouge.
Un intérêt patrimonial
«La situation est toujours suspendue à la nouvelle étude que doit fournir Merck», informe pour sa part Romain De Simoni, avocat des opposants. Autre scénario possible: que l’entreprise abandonne son projet de démolition. «Vu le temps écoulé depuis que l’arrêt a été rendu, on peut se demander s’il existe réellement un intérêt pour Merck à la démolir», estime-t-il.
Sans rénovation prochaine, la vieille laiterie ne risque-t-elle pas de se dégrader? «Le propriétaire est tenu de prendre des mesures pour qu’elle ne tombe pas en ruine et la Commune doit veiller au bon état et à la sécurité des bâtiments, expose le juriste. À terme, c’est un point qui pourra jouer un rôle.»
L’avocat se veut en tous les cas optimiste. «Dans sa décision de 2024, la Cour vaudoise a souligné que l’intérêt patrimonial de cette laiterie était établi et qu’elle était dans un bon état de conservation. Les opposants ont bon espoir que cet aspect finisse par l’emporter.» En 2022, le projet de destruction avait suscité plus de 130 oppositions.
