« Les découpeurs savent être en prise avec leur temps »

Le papier découpé est à l’honneur à Château-d’œx pour fêter les 40 ans de l’association suisse. Comment a évolué la tradition? | DR

Château-d’Œx
L’Association suisse du papier découpé a anticipé de quelques jours le cap de ses 40 ans avec une exposition de 101 œuvres sur le thème du rubis. Coup de fil à la présidente Monique Buri.

Pour les 40 ans de vie commune, certains parlent de noces d’émeraude, d’autres de rubis. L’Association suisse du papier découpé a choisi la seconde et la couleur de la passion, celle pour un art ancestral qu’elle s’applique à faire perdurer et auquel elle consacre jusqu’au 29 mars une exposition d’une centaine d’œuvres pour passer ce cap symbolique (lire ci-contre). La Damounaise de Rossinière Monique Buri, membre du comité depuis une dizaine d’années et élue présidente en 2024, revient sur le chemin parcouru.

Rappelez-nous la genèse de cette aventure. 

– Les organisateurs d’une exposition nationale de papiers découpés en 1985 à Winterthour et Bulle avaient été impressionnés du succès rencontré. Suite à cela, un petit groupe de motivés – dont Ueli Hauswirth, qui est toujours membre – s’est posé la question de la création d’une association. Celle-ci a été constituée l’année suivante à Unterseen, près d’Interlaken.

Les buts de l’association ont-ils changé depuis? 

– Ils ont été rafraîchis, mais la mission reste la même: promouvoir le papier découpé et donner une place aux artistes, entretenir la flamme, en réunissant les adeptes dans un cadre convivial, chaleureux, familial. Nous éditons une revue (ndlr: Schnittpunkt paraît deux fois par an) et organisons tous les 4-5 ans des expos destinées aux membres, avec un jury et des critères précis pour garantir un certain niveau.

Quelle évolution avez-vous constaté sur le
plan artistique?

– Je pense que les artistes ont toujours été en prise avec leur temps et le papier découpé ne fait pas exception. Depuis la redécouverte des travaux des pionniers dans les années 1920, avec un type de découpage bien défini et centré sur le monde alpestre, les thèmes ont évolué. Il y a ceux qui aiment reproduire et ceux qui s’inspirent de ce qu’ils ont sous les yeux. On a donc de tout, comme par exemple des scènes de villes, des manifestes politiques, parfois même de l’ésotérique, etc. L’association ne restreint pas, ce n’est pas son rôle, au contraire. Nous servons de relais pour que les œuvres puissent être vues et les artistes se retrouver, échanger, créer de l’émulation et l’envie de poursuivre l’exploration de cet art ancestral. 

Et au niveau du nombre de membres? 

– Nous en comptions 446 fin 2024, avec deux tiers de germanophones et un tiers de francophones, un peu comme la Suisse en somme. On y ajoute quelques Suisses de l’étranger, des découpeurs de France ou d’Allemagne, sans compter bien d’autres découpeurs qui nous suivent sans être actifs.

Diriez-vous que le milieu du papier découpé est toujours vivace?

– En tout cas, en 2010, l’UNESCO a reconnu cet art comme «tradition vivante» dans les cantons de Vaud et Berne. Cela rend notre responsabilité d’association encore plus importante.

Avec le Musée du Pays-d’Enhaut et centre suisse du papier découpé de Château-d’Œx, rénové et rouvert en 2022, vous disposez d’un bel écrin.

– Complètement. Nous y avons d’ailleurs déménagé notre collection de 600 œuvres (ndlr: qui était entreposée dans l’Obersimmental) et y organisons nos expositions. Nous sommes liés par un contrat, mais c’est bien plus que cela. Château-d’Œx est l’un des berceaux historiques du papier découpé, cela fait parfaitement sens. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à repenser au vernissage de notre exposition des 40 ans le 29 novembre dernier en présence de Johann Schneider-Ammann et plus de 200 convives. Nous avons opéré à Château-d’Œx une forme de retour aux sources.

Les défis majeurs de l’association aujourd’hui, quels sont-ils?

– Primo, trouver le moyen de faire vivre la tradition auprès de la jeune génération, pour qu’elle se perpétue. Deuxio, dans ce monde hyperconnecté et de plus en plus dématérialisé, nous recentrer sur la matière et l’artisanat, même si tous les découpeurs n’aiment pas ce mot. C’est, à mon sens, le meilleur moyen de revenir à notre humanité: du papier, des ciseaux et notre imagination.

Une exposition rouge passion

Vous cherchez une idée d’escapade dans un décor de rêve? Prenez le train depuis Montreux et montez découvrir l’exposition «Jubilé de rubis, 40 ans de passion pour le papier découpé», qui propose jusqu’au 29 mars les réalisations d’une centaine de découpeurs au Musée du Pays-d’Enhaut et centre suisse du papier découpé de Château-d’Œx (Grand-Rue 107). Le rubis, pierre anniversaire symbolique, est le thème qui a été soumis aux exposants. Horaires: du mardi au dimanche (13h30-17h30). Entrée 12 francs, tarifs réduits. Plus d’infos: www.musee-chateau-doex.ch

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